Après le rapport du Conseil National de la Médiation – 8. Produire des médiateurs, ou former des praticiens ?

30/04/2026

Après le rapport du Conseil National de la Médiation – 8. Produire des médiateurs, ou former des praticiens ?

La médiation ne s’improvise pas, pas davantage qu’on ne s’improvise médiateur.
Sur ce point, il y a consensus.

Le Conseil national de la médiation en tire la conséquence logique : il faut former.

Donc, un référentiel est posé.
Deux cents heures de formation initiale, des blocs de compétences, huit modules.

Et au centre du dispositif, cette notion décisive : la « posture de tiers ».

Mais peut-on former à une posture ?

On peut, certes, enseigner des méthodes, transmettre des outils, évaluer des connaissances.
Mais peut-on garantir, à l’issue d’un parcours, la capacité à tenir sa place dans un conflit réel – entre deux personnes qui ne veulent pas la même chose ?

Le CNM ne s’y trompe pas.
Il recommande l’analyse de pratiques, la supervision, le mentorat.
Autrement dit, tout ce qui s’inscrit dans la durée, dans l’expérience, dans le retour sur ce que l’on fait – ce que mettent déjà en œuvre les structures les plus organisées.

Mais, à ce stade, ces recommandations ne constituent pas des conditions d’exercice.
Elles ne conditionnent ni l’inscription sur les listes, ni leur maintien.
La formation continue, évoquée à hauteur de dix heures par an, est recommandée, mais sans qu’un dispositif national de contrôle ou de sanction soit organisé.

Un médiateur inscrit aujourd’hui pourra ainsi, en pratique, ne pas retravailler sa pratique pendant plusieurs années, tout en demeurant sur la liste, avec la même légitimité en apparence.

Quant au marché de la formation, il demeure ouvert.
Le CNM ne se voit pas reconnaître de mission de contrôle en la matière.

Il en résulte que la conformité au référentiel repose, pour une large part, sur les déclarations des organismes eux-mêmes.

Former des médiateurs, c’est ce que le référentiel permet.
Former des praticiens, c’est autre chose.
C’est un chemin qui s’inscrit dans la constance, dans la durée, dans une exigence qui ne se décrète pas.

Alors oui, on ne s’improvise pas médiateur.
Mais encore faut-il construire les conditions pour que cela ne devienne pas, avec le temps, une simple affirmation.

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