Bingo ! Un nouveau dossier de succession.
Les premières tentatives de partage n’avaient fait que rouvrir des plaies très anciennes, faites de préférences supposées et de comptes jamais soldés dans la fratrie.
Et la cliente était venue pour en découdre, pour qu’enfin, un jugement lui donne raison.
Au fil de l’entretien, il m’est apparu que le dossier était le candidat idéal pour une médiation.
J’ai expliqué, creusé avec elle, on a pris le temps, des larmes ont même coulé.
Bien sûr, elles m’ont touché.
Mieux, elles m’ont conforté dans le bien-fondé de cette stratégie pacificatrice, et que oui, j’étais « the right man at the right place ».
Et puis, le lendemain matin, en première heure, ce mail : « Maître, merci pour votre temps, mais j’ai réfléchi et je vais faire autrement. Faites-moi passer vos honoraires ».
Fin de l’histoire.
Peut-être les voix de ses proches avaient-elles fini par couvrir la mienne ; ou pas, peu importe – le client est rarement seul, et c’est bien ainsi.
Est-ce moi qu’elle n’a pas suivi ? Ou ce que je lui proposais ?
Les deux, en fait.
Elle était venue chercher un guerrier – celui que je sais être -, et je lui ai proposé de reconstruire plutôt que de vaincre.
Seulement, aux yeux de qui attend la bataille, l’apaisement a des airs de reddition.
Il donne l’impression d’un renoncement, d’une faiblesse maquillée en sagesse.
Je crois que c’est le contraire.
Le procès, l’expérience m’en a fait maîtriser les codes, l’armure, les gestes.
Rien que de la technique, et après tout, il n’est pas besoin de grand chose d’autre, il suffit de suivre la procédure et le calendrier.
Mais la médiation… l’avocat y vient autrement, il doit lâcher la maîtrise : il ne sait pas comment s’écrira la partition, tout en se devant d’être présent.
Cela suppose une attention de chaque instant, une implication vraie ; une stabilité que l’on voudrait à toute épreuve, alors même qu’elle ne vient pas de la fonction, mais de sa propre personne.
Sans doute, le risque est d’y perdre de la distance, de ne pas rester intact ; mais on tient, pour que le client tienne.
Une forme de courage.
L’opposé d’une faiblesse, donc.
Mais ce n’est pas ce qu’elle a compris, en tout cas pas ce qu’elle attendait.
L’envie de donner de l’avocat se heurte à la capacité de recevoir du client.
Là aussi il faut être humble, rien n’est acquis, jamais.
Ce jour-là, ai-je bien fait mon métier ? Il me semblait que oui.
Mais je sais ce que ça m’a coûté, et combien de doutes cela me coûte encore, ces questions sans réponse.

L’avocat face à la médiation – 8. Avant le procès
𝗟’𝗮𝘃𝗼𝗰𝗮𝘁 𝗳𝗮𝗰𝗲 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 – 𝟴. 𝗔𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗰𝗲̀𝘀. Ce matin, sur mon fil, le post d’un « coach en conflits du travail »,