Le CNM a produit un recueil de déontologie. Pas un code, un recueil.
Le mot n’est pas anodin.
A lui seul, il dit l’état de la médiation : un corpus sans ordre, sans discipline, sans sanction.
Le médiateur indélicat qui refuse les canons de sa profession reste dans la nature.
Pour l’avocat, la déontologie n’est pas un texte affiché dans un couloir.
C’est ce qui autorise le justiciable à se confier, à se livrer, à déléguer.
La confiance n’est pas accordée à la personne, mais à une fonction encadrée, contrôlée, sanctionnable.
Au bout du bout, pour l’avocat, la déontologie, c’est le devoir de dire non.
Dire non au client qui demande l’impossible.
Dire non à la pression de l’adversaire.
Dire non à ce qui desservirait celui qu’on représente.
L’avocat peut dire non parce qu’il doit dire non, et ce devoir est sanctionné.
Le médiateur, lui, est appelé à dire non, sans que ce refus soit institutionnellement garanti.
Ce n’est pas la même chose.
La vertu ne suffit pas à protéger le justiciable.
Elle ne résiste pas toujours à la pression du prescripteur, aux équilibres économiques du centre, à l’attente d’un juge qui espère un accord.
Alors, le recueil pose des obligations réelles : consentement libre et éclairé, confidentialité, impartialité, liberté d’interrompre à tout moment.
Des règles sérieuses, pensées avec soin.
Mais leur respect repose sur la bonne volonté.
Le CNM envisage un comité d’éthique, des référents déontologie… mais toujours sans pouvoir.
Or la médiation est désormais une voie prioritaire, sous l’effet du décret du 18 juillet 2025.
Le justiciable y est orienté, parfois sous contrainte institutionnelle.
Et il doit faire confiance à un tiers dont personne ne contrôle réellement le respect des règles, dont personne ne sanctionne les manquements.
Quand le médiateur dit non – non à la pression, non au déséquilibre, non à l’accord qui n’en est pas un – sur quoi s’appuie-t-il ?
Sur sa conscience, sur sa formation.
Sur l’éthique, que le rapport distingue soigneusement de la déontologie : non plus un corpus de règles, mais « l’art du dilemme ».
L’art du dilemme ne garantit rien.
Un devoir sans effectivité reste une promesse, mais une promesse ne suffit pas à fonder la confiance.

« Encore une victoire comme celle
« 𝙀𝙣𝙘𝙤𝙧𝙚 𝙪𝙣𝙚 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙤𝙞𝙧𝙚 𝙘𝙤𝙢𝙢𝙚 𝙘𝙚𝙡𝙡𝙚-𝙡𝙖̀, 𝙚𝙩 𝙟𝙚 𝙨𝙪𝙞𝙨 𝙥𝙚𝙧𝙙𝙪. » La phrase est attribuée à Pyrrhus après une bataille remportée contre les Romains. Il

