L’avocat face à la médiation – 10. Le modèle économique

27/07/2026

L’avocat face à la médiation – 10. Le modèle économique

13 avril 2026 : le CNB révise ses modèles types de conventions d’honoraires.
En relevant que pour 53% des avocats praticiens, les modes amiables ne sont pas lucratifs.
La réponse : mieux facturer, nommer les diligences.

On me l’avait bien dit en formation : ce que la médiation procure d’essentiel, ce n’est pas l’argent, c’est la satisfaction du travail bien fait.
Mais l’accepter en conscience, et le lire noir sur blanc dans un communiqué « officiel », ce n’est pas pareil.

Ne nous voilons pas la face.
Une médiation réussie ne donne lieu qu’à du temps de présence, et à la redaction d’un accord de fin de médiation.
Elle exclut ces lourdes diligences qui, en contentieux, auraient été facturées : assignation, conclusions, expertise, incidents, suivi de procédure, plaidoirie…
Dans ces conditions, il faut plusieurs médiations pour égaler un seul dossier judiciaire.

On m’objectera que la confiance d’aujourd’hui se paye en fidélité du client.
A l’échelle d’un cabinet, peut-être… mais si tout le monde choisit l’amiable ?
Le gâteau des conflits n’est pas infiniment extensible.
En choisissant l’amiable, l’avocat paye aussi son écot au désengorgement de la Justice.

D’autres aspects remettent en cause le modèle économique de l’avocat.
Contrairement au juge, le médiateur aussi doit être rémunéré, ce qui aggrave le coût immédiat pour le justiciable, lequel ne se représente pas toujours l’économie finale sur le dossier.

Un honoraire de résultat inscrit dans une convention d’honoraires ?
Pourquoi pas, à condition de surmonter une réticence du client :
« Vous étiez à mes côtés, et à la fin, vous avez rédigé l’accord de médiation. Mais ce n’est pas vous qui avez sorti vos tripes pour sortir du conflit. Le résultat, c’est moi. »
Pas faux.

Après, même avec une convention d’honoraires opposable au client, c’est une question de conscience, cette valeur cardinale de notre serment.
Et de modération, qui fait aussi partie de notre déontologie.

En médiation, ce que l’avocat peut facturer avec la meilleure acceptabilité, c’est sa présence, son temps.
Le taux horaire, tant décrié depuis que l’IA comprime le temps du travail juridique, retrouve ici un sens plein : rien, dans cette présence, que la technique puisse accélérer.

Alors oui, le CNB a raison, il faut nommer ce que l’on fait en amiable.
Mais au-delà, la vérité est plus dérangeante.
La médiation est un exercice plus conforme aux attentes des justiciables, mais moins rentable.

Avons-nous d’autre choix que de l’accepter ?

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