« Pourquoi aurais-je besoin de la médiation ? Je ne l’ai pas attendue pour négocier avec mes confrères. »
Il n’y a pas si longtemps, c’était exactement ce que je pensais.
Car l’amiable, c’était déjà mon lot quotidien : éviter un procès inutile en construisant un accord solide, équilibré, juridiquement intelligent.
Question de lucidité face à l’aléa judiciaire, et de volonté.
Et ça marchait ! Sans figurer dans aucune statistique…
Et pourtant…
Combien de fois me suis-je finalement retrouvé devant le juge alors qu’objectivement, rien ne l’imposait ?
Le droit était connu, les risques étaient identifiés, et la solution paraissait presque évidente.
Et malgré tout, impossible de s’entendre.
J’ai longtemps pensé que le problème venait de moi, qui n’avait pas été assez persuasif.
Ou de mon confrère, trop rigide, trop pressé, trop enfermé dans les instructions d’un client trop gourmand (quant au mien, j’avais fait le travail).
En réalité, nous faisions tous les deux notre métier.
Mais nous faisions celui que nous avions appris : chercher une solution à partir du droit.
Puis sont venues mes premières médiations.
Ce que j’y ai découvert m’a profondément déstabilisé, voire heurté.
On quittait les chemins balisés du raisonnement juridique, les
solutions n’étaient plus déduites d’un texte, de la jurisprudence ou d’un rapport de force.
Elles apparaissaient ailleurs, parfois au détour d’une histoire familiale, d’un malentendu ancien, d’un besoin bien présent mais que personne n’avait encore exprimé.
Et on y arrivait !
Par des sentiers que je n’aurais jamais empruntés, ni même imaginés.
Cela, ma technique ne pouvait pas l’expliquer.
Même la négociation raisonnée de Harvard, probablement la méthode la plus aboutie, ne m’en donnait pas la clé.
Certes, elle invite à dépasser les positions, à rechercher les intérêts, à construire des solutions mutuellement satisfaisantes.
Mais, au bout du compte, entre avocats, la mesure reste souvent la même : ce que chacun gagnerait ou risquerait devant un juge.
Le droit demeure le point de référence.
En médiation, le droit ne disparaît pas.
Les parties arrivent avec leur conception de leurs droits, leurs avocats, leurs arguments.
Simplement, il change de place : il cesse d’organiser la rencontre, pour n’en devenir que l’arrière-plan.
L’accord ne naît plus du droit, mais celui-ci arrive ensuite lui donner sa sécurité.
C’est ce que je n’avais pas compris.
Je croyais que la médiation était une manière plus efficace de négocier.
J’ai découvert qu’elle demandait autre chose de moi.
En négociation, je parle pour mon client.
En médiation, je devrais me taire pour qu’il parle.

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