Il y a deux jours, j’ai repris le chemin du Nouveau Palais de justice de Lyon.
Dans la nuit du 8 au 9 août, il a pris l’eau : des couloirs transformés en rivières, du 4e étage au sous-sol.
Bon, on pompera l’eau, on assèchera, et l’activité ordinaire finira par reprendre.
Avec difficulté, et sans doute pas mieux qu’avant.
En vérité, il y a longtemps que les gens de justice écopent.
Avant, on parlait de charge de travail, de crises de vocation, de confrères qui baissaient les bras.
Aujourd’hui, l’expression en vogue, c’est la QVT – cette pudeur orwellienne qui permet de parler de santé mentale sans vraiment prononcer les mots qui fâchent : fatigue, épuisement, burn-out.
Impossible d’ignorer cette réalité-là.
Elle ne dit pas que l’on travaille trop, ou mal.
Plutôt que l’on met son énergie dans un système dont la finalité même s’est brouillée.
Nous avons été formés pour une justice qui était une promesse : porter la bataille du droit devant le juge pour que, par lui, la règle commune s’applique à chacun.
Mais il faut regarder le chemin censé y mener, trop souvent vécu comme un chemin de croix.
On l’a suffisamment décrit, et on ne reviendra pas dessus.
Tout ça pour que trop souvent, la décision de justice passe pour un acte de gestion de stock, désincarné.
D’où le sentiment d’une grande broyeuse – de nos illusions, d’abord.
Alors, on peut voir la médiation comme un palliatif.
Mais si le regard n’est que celui-ci, on continuera à s’enfoncer.
Et les moyens grappillés à la faveur d’un hypothétique budget, on comprendra vite qu’ils ne permettront pas de restaurer la Justice d’antan.
Cette série m’aura permis d’éprouver le sens, la valeur et la portée de ces nouveaux instruments mis à notre disposition.
Nous pouvons choisir de ne pas les subir et, bien plutôt, de nous en saisir à pleines mains.
Exercer autrement notre métier, en y trouvant un sens nouveau.
Redonner une nouvelle consistance à la confiance du client qui, seule, nous justifie.
Rien de facile à cela – mais notre métier l’a-t-il jamais été ?
Cela suppose de travailler, de se former, parfois de ne pas y arriver.
Et d’accepter de remettre en cause quelques certitudes sur lesquelles notre identité s’est bâtie.
Il y a là, je crois, une chance qui nous est offerte.
À nous, mais pas seulement.
Car tout ce que nous faisons, c’est pour notre client, le justiciable.
Auparavant, c’est en nous qu’il plaçait ses espoirs.
Nous les portions en même temps que nous supportions le poids du procès, de ses imperfections et de ses limites.
Quoi de plus légitime – de plus juste – que de cheminer désormais à ses côtés pour, ensemble, lui ouvrir de nouveaux horizons ?

L’avocat face à la médiation – 16. Ma boussole intérieure
« Moi, j’ai une déontologie, Monsieur. » Une phrase entendue au Palais, il y a bien longtemps, dans la bouche d’un confrère peu expérimenté…… peut-être