« Moi, j’ai une déontologie, Monsieur. »
Une phrase entendue au Palais, il y a bien longtemps, dans la bouche d’un confrère peu expérimenté…
… peut-être dans la mienne, d’ailleurs, je ne me souviens plus.
De fait, il y a des mots qui gonflent parfois d’orgueil celui qui reçoit le titre de Maître, une fois prononcé le serment de l’avocat, celui de Badinter :
« Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. »
Cinq mots.
La fréquentation de confrères plus sages, leurs enseignements, et plus encore les frottements avec des dossiers particuliers, des clients retors et parfois – il faut le dire – des adversaires madrés ou juste légers, permettent d’en éprouver le sens profond.
En judiciaire, on voit assez bien comment les mobiliser.
Dans ce cadre, ces valeurs accompagnent une fonction que je connais : définir et mettre en œuvre une stratégie de défense.
En médiation, les choses vont être forcément différentes.
Car là, je ne suis plus maître de rien du tout.
Prenons l’humanité.
Ce n’est pas moi qui la fais exister chez mon client en le sauvant de quoi que ce soit.
C’est lui qui doit pouvoir être reconnu par l’autre, celui qui lui faisait face.
Mon rôle n’est pas d’en être le héraut, juste d’y contribuer.
La probité, elle aussi, change de terrain.
En judiciaire, elle gouverne mon rapport à la vérité : défendre n’est pas mentir, et je ne peux mettre mes talents au service de ce que je sais faux.
En médiation, mon rôle n’est plus de faire prévaloir une vérité.
Ce sont eux, les médiés, qui construiront la leur ; ou plutôt, ils s’accorderont sur les conditions qui leur permettront de sortir du conflit.
Mon serment pourra encore être sollicité quand tous voudront l’accord : le médiateur – si, si, cela arrive -, l’autre partie, mon client…
… mais alors que pour celui-ci, il s’agira plus de résignation, par épuisement, tandis que la solution m’apparaîtra trop contraire à son intérêt.
C’est alors la conscience qui reviendra au premier rang et m’intimera de lui proposer d’ouvrir les yeux – ce qu’il sera libre de faire, ou pas.
Dans le cadre de la médiation, les cinq mots du serment ne sont pas simplement transportés, ils se recomposent.
Rien n’est demeuré identique, et pourtant rien n’a été trahi.
C’est avec tout cela, cette boussole, que je peux entrer dans la médiation, en lien avec mon client, mais aussi avec les autres acteurs du processus.
Alors peut-être suis-je resté moi-même, oui.
Mais remué, au point de ne plus tout à fait savoir si celui qui en ressort est le même avocat, ou une nouvelle version de lui.

L’avocat face à la médiation – 17. Une chance
Il y a deux jours, j’ai repris le chemin du Nouveau Palais de justice de Lyon.Dans la nuit du 8 au 9 août, il a