« Je suis prêt à faire plein de compromis avec ma voisine, mais pas en m’asseyant sur mon titre de propriété.
J’ai tout de même des droits, non ? »
Chez l’avocat, les clients arrivent toujours lestés de droit.
Ils n’y vont pas par hasard, ils se sont renseignés avant.
Le droit leur donne un titre, un statut juridiquement reconnu, qu’ils portent avec eux comme une certitude.
L’avocat les écoute.
Il reçoit les doléances, une à une, il instruit son dossier en les rapportant à ce qu’elles sont juridiquement, en fonction de sa grille d’analyse.
S’il faut aller voir le juge, ce sera, appliqué aux faits pertinents, l’alpha et l’oméga du procès.
Mais si l’on s’oriente en médiation, ce ne sera que la toile de fond, sur laquelle autre chose va pouvoir se jouer.
Car ensuite, ce n’est plus l’avocat qui parle, ce sont les parties qui médient.
Pour autant, il reste là, derrière celui qu’il assiste.
Il continue de penser en juriste, même lorsqu’il se tait ; il sait ce que le droit ouvre et ce qu’il referme.
Écouter, reformuler, accompagner : d’autres savent le faire.
Mais même s’il fait tout cela, l’avocat continue de voir autre chose.
Les conséquences juridiques d’une concession : le droit auquel on croit renoncer alors qu’on ne le peut pas ; ou celui, au contraire, que l’on peut décider de ne pas exercer.
Il connaît cette ligne qu’aucun accord ne pourra franchir : l’ordre public, les droits dont les parties ne disposent pas.
C’est ce savoir, tenu en réserve, qui fait sa singularité.
Et lorsque l’accord se dessine, le juriste revient au premier plan.
Déconstruire la mécanique du conflit, puis en reconstruire une autre, celle de la solution.
Proposer une clause, en écarter une autre, sécuriser.
Être inventif.
Là où le juge ne peut qu’appliquer la loi, les avocats peuvent la choisir.
Dans le procès, l’avocat était l’instrument de la réalisation méthodique du droit.
En médiation, il ne plaide plus, mais il ne cesse pas d’être juriste, jamais.
Ce qui change, ce n’est pas le savoir, mais l’usage qu’on en fait.
Car lorsque les médiés ont trouvé leur solution, encore faut-il qu’elle tienne.
Le juriste qui vit dans l’avocat, c’est lui qui rend l’issue praticable : il transforme un accord humain en un nouveau corps de règles, que les parties se seront donné à elles-mêmes.
Alors, en médiation, l’avocat reste lui-même, même si on lui retire la robe, le rapport de force, la plaidoirie.
L’homme de loi.
Mais entre ses mains, le droit n’est pas une arme.
À ce stade, pour le médié qu’il assiste, c’est juste le moyen de reprendre le cours de sa vie.
Et ce n’est pas rien.

L’avocat face à la médiation – 17. Une chance
Il y a deux jours, j’ai repris le chemin du Nouveau Palais de justice de Lyon.Dans la nuit du 8 au 9 août, il a