« Vous prenez un café ? Avec ou sans sucre ? »
C’est la première fois que je rencontre ce client.
Je lui avais proposé de m’envoyer avant des éléments de son dossier, pour entrer plus vite dans le vif.
Hier soir, il m’a fait parvenir une note structurée de dix pages – des quasi-conclusions -, avec des pièces numérotées et un bordereau.
Je n’en demandais pas tant.
Et lui, il mérite son café.
Car avant, j’aurais surtout pensé à défendre mon territoire, mon autorité : lui expliquer qu’il y a une stratégie, que son dossier est une affaire de professionnel, que certains arguments sont contre-productifs…
Et ne lui aurais pas avoué qu’au plan strictement technique, je n’aurais pas forcément fait mieux.
Mais aujourd’hui, je vois surtout un client qui a le souci de son dossier et qui demande à être associé à sa défense.
C’est légitime.
Et je ne peux guère lui reprocher d’utiliser l’IA, moi qui vais y recourir aussi.
Alors, ce jour-là, le travail sur le fond va vite.
Ce qui est juste, je le confirme ; ce qui l’est moins, je le corrige, on le discute.
Pas toujours simple, mais fluide.
Et il me reste du temps.
Du temps pour me présenter, établir un lien – ce n’est pas le sujet de la machine -, lui exposer ce que je pourrai lui apporter.
Du temps pour comprendre ce que ce dossier représente pour lui, ses attentes au-delà de ses demandes.
Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous là ? Comment allons-nous travailler ensemble ?
Il ne s’agit pas d’un échange de civilités, mais d’une nécessité de défense.
Ces questions sont d’autant plus cruciales que, si le dossier doit être orienté en médiation, les réponses qu’elles feront émerger seront la matière même du processus ; alors le client devra commencer à les verbaliser.
La médiation m’avait déjà contraint à regarder ailleurs que dans mon dossier.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle bouscule à son tour ce qui faisait une partie de mon métier : la technique.
Elles font la paire, ces deux évolutions majeures du métier.
Car ce que l’une exige, l’autre peut précisément contribuer à me le donner : de la disponibilité.
Pas du temps gagné pour moi, mais pour ce que le client et moi pourrons faire ensemble – ce qu’il y a de plus précieux.
L’IA n’est ni un danger, ni une solution.
Plutôt un instrument pour accompagner autrement, être disponible à l’autre, à ce qui est important pour lui.
Pour être ouvert et réactif à cet inconnu qui naîtra de la rencontre des médiés, et qui n’est pas inscrit dans l’application de la règle de droit ; à ce qui ne se laisse pas enfermer dans des écrits, encore moins dans des « conclusions ».
Au contraire, tout commence.
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L’avocat face à la médiation – 17. Une chance
Il y a deux jours, j’ai repris le chemin du Nouveau Palais de justice de Lyon.Dans la nuit du 8 au 9 août, il a