2003, première collaboration.
Un dossier arrivait sur mon bureau parfois le matin de l’audience, prêt à être plaidé, sans que j’en aie jamais entendu parler auparavant – comme du client, mais à ce stade, celui-ci ne compte guère.
Une formidable école, où j’ai appris à parler devant un tribunal, à maîtriser ma peur, à devenir un peu plus avocat à chaque audience.
Meme si j’ai souffert, j’ai aimé cette formation, aride, exigeante.
Mais je crois qu’aujourd’hui, elle ne suffit plus – et à dire vrai, je ne sais pas si je l’accepterais encore.
2026.
Un dossier part en médiation.
Je ne peux pas être partout, et il faudra envoyer un collaborateur à ma place.
Le laisserai-je seul, face à un client qu’il connaît à peine, dans une séance où ce qui compte n’est plus la maîtrise du dossier papier, mais une confiance déjà installée ?
Je mesure alors ce qui a changé.
On forme un collaborateur pendant des années sur la technique, et on découvre, le jour où il faut l’envoyer en médiation, qu’il n’a jamais eu l’occasion de construire ce lien avec ce client.
Trop tard.
Dans nos cabinets, le collaborateur s’est toujours formé par mimétisme : regarder faire, reproduire, jusqu’à ce que le geste devienne sien.
Autrefois, ce mimétisme construisait un masque : on apprenait à parler comme l’aîné, à conclure et argumenter comme lui, à porter la robe avec son assurance.
C’était notre manière de devenir avocat.
Aujourd’hui, ce qui doit se transmettre est l’inverse : apprendre à faire tomber le masque.
Regarder, non pour reproduire une posture, mais pour trouver la sienne.
Lorsque j’observe un jeune collaborateur recevoir un client, je ne m’interroge plus d’abord sur ses qualités de juriste.
Sait-il écouter sans interrompre ?
Respecter les silences ?
Ose-t-il dire qu’il ne sait pas encore ?
Le client sent-il qu’il peut lui faire confiance ?
Cette confiance ne s’enseigne pas, elle se construit, à force de temps passé avec ce client-là.
Bien avant la médiation.
Une question, bien sûr.
Où un jeune avocat peut-il l’apprendre le mieux ?
Peut-être dans les dossiers que nous avons longtemps regardés comme accessoires : les siens.
Ceux où, à partir de rien, il lui faut inventer une relation, sans pouvoir imiter personne.
La plus irremplaçable formation, mais la seule qu’aucun cabinet ne puisse vraiment organiser.
Ici, le vieux mot de compagnonnage trouve tout son sens.
Non plus transmettre un métier, mais accompagner un autre avocat jusqu’au moment où il sera capable, à son tour, d’être là pour quelqu’un.
Et un jour, il sera prêt, il partira.
Ainsi va la vie.

L’avocat face à la médiation – 12. Artisanat
Un dimanche de printemps, dans un vide-grenier de ce Brionnais où j’aime à me ressourcer.Là, sur un étal, un ouvrage défraîchi me fait de l’œil