L’avocat face à la médiation – 2. A l’assaut du réel

05/07/2026

L’avocat face à la médiation – 2. A l’assaut du réel

Attention, pépite !

Il était là, sous mes yeux, depuis 1975 – l’année de mes 3 ans

L’article 6 du Code de procédure civile : « À l’appui de leurs prétentions, les parties ont la charge d’alléguer les faits propres à les fonder. »

C’est tellement clair : de l’histoire que mon client vient de me raconter, le procès ne sera pas le lieu.

Il ne sera question que de faits, ceux qui seront dignes de figurer dans le débat au regard de ce que je veux obtenir du juge.

La partie adverse racontera une autre version, le cas échéant en articulant d’autres faits, mais là encore ce sera une réduction de l’histoire.

A partir de là, le juge se fera son idée, qui sera encore une autre version – c’est elle qui sera tenue pour vérité.

Est-ce si simple ?

Non, car il y a encore un passage obligé : la preuve.

Le juge, qui n’était pas présent lorsque cela s’est passé, ne peut ancrer son office dans une réalité incertaine.

Parfois, il peut se faire aider par un tiers : l’expert, lequel ne peut  cependant sortir des questions qui lui sont posées.

La vérité judiciaire, ce n’est pas le réel, ce n’est que le résultat d’une extraction.

Un construit, plutôt qu’un donné.

Au regard de cela, l’avocat contribue à une mécanique bien éloignée du réel, et qui, si l’on y prend garde, peut vite devenir une machine à broyer.

Combien de fois ai-je dû dire à mes clients : « oui, je vous crois, j’ai la certitude que l’histoire que vous me racontez est vraie… mais cela ne suffit pas ».

Ou encore : « ce travail probatoire-là, si on n’y arrive pas, il faudra regarder votre histoire autrement, pour tenter de trouver un autre axe de défense ».

Pourtant, ce ne sera toujours pas l’exact reflet de la réalité : mon client le sait, le comprend intellectuellement mais souffre de ce décalage ; et son adversaire le sait aussi.

Le procès laisse les parties, impuissantes, spectatrices d’une réalité qui n’est pas la leur.

Mais quand elles se retrouvent à la table de la médiation, c’est leur histoire qu’elles remettent au centre de la table.

Face à elle, il n’est question que de points de vue à rapprocher, et de bonne foi.

Et si l’on fait appel à un expert, son rôle ne sera pas d’établir une vérité, mais d’éclairer cette histoire.

Pour l’avocat qui fait un bout de chemin avec son client, qui est son confident aussi bien que le garant de sa sécurité, c’est dans ce réel-là qu’il faudra évoluer.

Pas celui normé, balisé, de l’art judiciaire, mais celui de la vie.

Ce n’est plus sur la vérité qu’il faut travailler, c’est l’accordement des parties qu’il faut accompagner.

Cela touche au cœur du métier, qui peut y trouver une nouvelle raison d’être.

« 𝘈 𝘲𝘶𝘰𝘪 𝘫𝘦 𝘴𝘦𝘳𝘴 ? » 𝘋𝘢𝘯𝘴 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘯𝘰𝘶𝘷𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘴𝘦́𝘳𝘪𝘦 𝘦𝘴𝘵𝘪𝘷𝘢𝘭𝘦, 𝘫’𝘪𝘯𝘵𝘦𝘳𝘳𝘰𝘨𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵𝘦𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘢𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦𝘴 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘯 𝘮𝘦́𝘵𝘪𝘦𝘳, 𝘣𝘰𝘶𝘴𝘤𝘶𝘭𝘦́ 𝘱𝘢𝘳 𝘭’𝘢𝘳𝘳𝘪𝘷𝘦́ 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘮𝘦́𝘥𝘪𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯.

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