#vismaviedavocatmediateur

24/06/2026

#vismaviedavocatmediateur

L’avocat du défendeur (moi) : « Monsieur le Président, sur le sujet qui nous oppose aujourd’hui, vous nous donnerez la victoire. Mais après ? Aujourd’hui, on a voulu nous priver de notre climatisation. Les tensions sont fortes dans cette copropriété, et vous risquez de nous voir souvent encombrer votre rôle. Je vous propose donc d’enjoindre les parties de rencontrer un médiateur, conformément à l’article 1533 du Code de procédure civile. »

Le juge des référés à l’avocat du demandeur : « Êtes-vous d’accord ? »

L’avocat du demandeur : « Non, le litige est trop intense, il ne s’agit pas d’un simple conflit, il est impossible de se parler. »

L’avocat du défendeur : « La médiation est justement utile parce qu’il y a un conflit. »

Le président : « Je note, tout de même, qu’il y a eu un dépôt de plainte. Cela interroge. »

L’avocat du défendeur : « Oui, il est reproché au mien d’avoir été agressif. Il conteste, même s’il reconnaît avoir été poussé à bout. Mais aujourd’hui, c’est lui qui demande le dialogue. »

Le président à l’avocat du demandeur : « Donc, vous n’êtes pas d’accord. »

L’avocat du demandeur : « Non. »

Le président au greffier : « Madame le Greffier, notez. »

L’avocat du défendeur : « À ce stade, l’accord n’est pas requis. »

Le président : « C’est difficile. Je rendrai ma décision le 11 septembre. »


Étrange sensation.

Bien sûr que l’amiable est chose difficile : il est plus facile de laisser le différend prospérer et de s’en remettre à la décision d’un tiers.
Nous autres avocats plaidants maîtrisons parfaitement cette logique-là, qui nous conduit à ce moment où, après avoir parlé, nous perdons toute maîtrise de l’issue.

À l’épreuve des audiences, j’ai ressenti combien le confort de nos habitudes professionnelles peut nous conduire à savoir mieux que notre client ce qui est bon pour lui, à nous exprimer hors sa présence et en présumant sa volonté.
Mais si elles se retrouvaient face à face, en présence d’un tiers sachant écouter les uns et les autres , posant les règles d’un échange respectueux ? Que se diraient alors les parties qui, pour l’heure, s’écharpent par avocats interposés ?

J’ai changé d’avis sur l’injonction donnée aux parties elles-mêmes de rencontrer un médiateur.

J’y voyais un ferment de contrainte, contraire à l’esprit de l’amiable.
Aujourd’hui, j’y décèle une invitation faite aux parties à s’interroger elles-mêmes sur le chemin contentieux dans lequel elles se sont engagé.
Après tout, il n’est peut-être pas vain, à un moment du procès, que le juge suscite une réflexion, provoque un choix sur la possibilité d’en sortir autrement.
Elles restent libres.

D’autant que le procès ne peut pas être l’unique horizon des difficultés relationnelles.
C’est d’ailleurs une responsabilité écrasante que nous faisons peser sur une institution à laquelle nous demandons déjà tant.

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