La saga Aristophil, déjà explorée sur ce fil, a été décisive dans la construction du régime de responsabilité du CGP, et donc dans l’appréhension du devoir de conseil qui lui incombe (https://lnkd.in/djFQHD8a).
L’arrêt rendu par la cour d’appel de Rennes le 12 mai 2026 (https://lnkd.in/dz5vA75B) devrait donc n’en constituer qu’un nouvel épisode.
Triste banalité : encore un investisseur, floué dans son argent, et sa confiance… un de plus.
L’arrêt contient cependant une formule qui mérite que l’on s’y arrête.
Pour sa défense, l’assureur du CGP soutenait qu’il ne pouvait être reproché à un « simple conseiller en gestion de patrimoine » (sic) de ne pas avoir anticipé une situation que presque personne n’avait suspectée.
L’argument n’est pas absurde.
Après tout, la réputation d’Aristophil était établie, les investissements se multipliaient, les alertes étaient rares, et rien ne laissait présager un effondrement.
A cela, les juges opposent une exigence plus haute.
Ils rappellent que la réputation d’un produit, d’un opérateur ou d’un marché ne dispense jamais le professionnel de « chercher à s’informer de manière autonome ».
Alors, la question devient simple : qu’est-ce qui distingue réellement le conseiller de son client ?
Si celui-ci ne fait que reprendre ce que tout le monde croit savoir, que reste-t-il de sa mission ?
Si son rôle consiste seulement à transmettre une documentation, à relayer une réputation ou à accompagner un mouvement général d’enthousiasme, alors il n’apporte finalement rien que le client ne puisse trouver lui-même.
Le conseil commence précisément là où s’arrête la croyance collective.
Dans la capacité à questionner ce qui paraît évident, à examiner plutôt qu’à sa laisser séduire, à conserver une distance critique lorsque l’adhésion générale passe pour une vérité.
Il ne s’agit pas d’exiger l’infaillibilité, mais le discernement.
Ce discernement ne varie ni selon la taille du cabinet, ni selon son chiffre d’affaires, ni selon sa notoriété.
Et l’arrivée de l’IA ne change rien à l’affaire.
Si la valeur ajoutée du conseiller résidait dans le seul accès à l’information, son avenir serait derrière lui.
Elle réside ailleurs : dans sa capacité à exercer un discernement autonome.
Un “simple CGP” ? Cela n’existe pas.
On est conseiller, ou on ne l’est pas.


