L’avocat face à la médiation – 6. L’heure des armes

14/07/2026

L’avocat face à la médiation – 6. L’heure des armes

Un indivisaire, sûr de son fait, met en péril l’intérêt commun.
Vu l’urgence, j’agis en désignation d’un administrateur provisoire de l’indivision.

En réplique, mon adversaire propose… une médiation !
Bien sûr, il n’y croit pas, mais tente de gagner un peu de temps, et aussi de se ménager le beau rôle.

Et il ajoute, carnassier :
« Mon confrère Becquet, défenseur de la médiation, sera forcément d’accord. »

… 😊

Je refuse.
En responsabilité : on ne me la fait pas.

Car le mot est là, pas l’intention.
À ce moment précis, l’intérêt de mon client est que je le protège, lui et l’indivision, que je déroule le plan et résiste aux procédés dilatoires.

Quelques mois plus tard, la mesure obtenue, l’affaire revient au fond.
Cette fois, c’est moi qui propose la médiation.
Parce qu’il faudra bien en sortir.

Refus dudit confrère, qui pointe mon revirement apparent.
La stratégie est claire : faire de la médiation un enjeu conflictuel, instiller dans l’esprit du juge que mon client serait incohérent, que tout vient de là.

Il y a quelque chose qu’on oublie, à force de vouloir convaincre.
Pour entrer en médiation, avoir raison de la proposer ne suffit pas.
Il faut être deux à la vouloir, au même moment – le bon -, et pour les mêmes raisons.
En face, parfois, il peut y avoir la stratégie procédurale, ou juste la volonté d’en découdre.
Voire, plus profondément, l’incapacité même de concevoir qu’un accord pourrait voir le jour.

Ici, la rationalité ne sert à rien.
On peut aligner les arguments, réitérer que l’amiable c’est du « gagnant-gagnant » – temps, argent, etc.
Cela ne change rien à une volonté qui n’est pas là, ou qui n’y a jamais été.

Et ce n’est pas toujours l’autre.
Il m’est moi-même arrivé de porter ce refus pour mon client, alors que tous les voyants étaient au vert.
Simplement parce que la possibilité même de s’asseoir en face de l’autre restait, pour lui, hors de portée.
Qui peut juger cela ?

Alors on y va, on reprend le contentieux, on plaide, sans retenir aucun coup, sans rien lâcher.
Mais si l’heure est aux armes, cela ne dit rien de demain : les dossiers ont leur timing propre.
On veille juste à ne pas insulter l’avenir.

Alors oui, on peut vanter la médiation comme une panacée.
Mais elle peut aussi être instrumentalisée, dans son principe comme dans son déroulement.
Ou elle peut juste ne pas fonctionner.
Elle reste un risque à courir.

La décision du juge, quant à elle, a quelque chose de rassurant.
Elle est certaine, bonne ou mauvaise, elle tombe.

L’avocat n’a pas à se raconter d’histoires.
Ni sur le procès, ni sur l’amiable.
La réalité commande davantage que nos préférences.

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