De Motulsky à Candide : l’urgence de la médiation

25/05/2026

De Motulsky à Candide : l’urgence de la médiation

Ce matin, tôt, j’ai remis la main sur le livre de Motulsky : « Principes d’une réalisation méthodique du droit privé ».
Paru en 1948, il avait jeté les bases du Nouveau code de procédure civile de 1975.

Si je le recherchais, c’était avec cette intuition qu’il me fallait revenir aux origines.
Au moment où le droit procédural moderne s’est pensé lui-même, à ce qu’il promettait alors.
A ce qui a modelé mon projet professionnel d’avocat contentieux.

Et je suis retombé sur ces mots :
« S’il existe aujourd’hui un seul combat sacré, c’est la lutte pour le Droit. Justice et charité restent des songes ; la réalité possible, c’est le Droit. »

On voit d’où cela vient.
L’Europe sort de la barbarie, et le Droit se présente comme rempart contre l’arbitraire.
Une profession de foi d’après-guerre, un beau rêve de juriste.

Ce rêve s’est fracassé sur la réalité.

La réalisation méthodique du droit supposait une machine à la hauteur de ses ambitions.
Les hommes, les moyens, le temps, chacun en ressent le manque immense.
Devenu omniprésent, foisonnant, technique, parfois illisible, le droit n’est plus lui-même, et ne parvient plus à susciter l’adhésion.
Comment l’institution chargée de le dire parviendrait-elle à suivre ?

Le justiciable, lui, s’y perd.
Il ne trouve plus dans le droit un récit dans lequel il puisse reconnaître son histoire, encore moins la construire.
Quoique nécessaire, il n’est plus cette parole d’autorité devant laquelle chacun s’incline.

En même temps, les attentes ont changé.
Les justiciables ne veulent plus avoir raison, mais être entendus.
Ils ne veulent plus la victoire, mais leur propre paix et ses promesses.

Ce que Motulsky appelait songes – justice, charité – c’est précisément ce dont ils ont besoin.
Concrètement : une relation réparée, une dette reconnue, une frontière posée…
Quelque chose qui permette de continuer à vivre après le conflit.

Le combat s’est déplacé.
Du droit à la vie.

A la fin de son voyage, Candide a tout vu, tout connu.
Les grands systèmes qui broient ceux qu’ils prétendent servir, les repères qui disparaissent, les certitudes qui s’effondrent.
Même Cunégonde n’est plus exactement ce qu’elle était.

Et il en tire cette conclusion, une philosophie à la fois intime et infime, faite non de grandeur, mais de pragmatisme, finalement d’espérance :
« Il faut cultiver son jardin ».

Le jardin, c’est ce qui est à portée humaine.
Ce qui est là, ici et maintenant, avec la possibilité d’y faire pousser quelque chose.

La médiation est ce jardin.
Elle ne traduit pas la vie, mais la traverse.
Elle laisse sourdre ce que les parties n’ont pas pu dire ailleurs.
Elle construit une paix habitable et une forme de justice à hauteur d’homme.

Motulsky m’a appris à lutter pour le droit, mais Candide me dit que la vie est plus grande que la méthode.

Il faut cultiver son jardin : telle est, peut-être, l’urgence d’aujourd’hui.

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