Ce matin, en entrant dans mon cabinet, je tomberai sur le portrait de mon grand-père, peint en 1938, au mitan de sa carrière.
Dans sa robe noire qu’il portait encore en 1964, quelques heures avant de rendre son dernier souffle – celle dans laquelle j’ai moi-même prêté serment, et plaidé encore vingt ans.
Je ne l’ai pas connu, bien sûr, je ne sais que ce qu’en dit la mémoire familiale.
Et je me dirai à moi-même :
« Avocat, ça avait de la gueule, alors ».
Le métier a tellement changé.
D’ailleurs, sans doute celui que j’ai commencé à exercer en 2003 était-il plus proche du sien que de ce qu’il est aujourd’hui.
Alors, pour moi, en 2026, quelle gueule ça a, avocat ?
Je relis le précédent post de cette série – l’avant-dernier : « une chance ».
Avec le recul, c’est ce que je ressens, bien sûr.
Car ce ne sont pas vraiment les nécessités professionnelles qui m’ont orienté vers la médiation, plutôt les circonstances de la vie.
Ce sont elles qui m’ont conduit ensuite à mettre mon métier en perspective, à spéculer sur son devenir.
La vie.
La clé est là.
La vie, c’est ce que le peintre a laissé poindre sur ce visage.
Mais pour la voir, encore faut-il être parvenu à détacher le regard du noir de la robe, ce marqueur d’un statut qui prend toute la lumière.
Et après tout, peut-être ladite vie est-elle dans ce noir – un « outrenoir » ?
Avocat, pour moi, c’est une pratique vivante.
Une pratique qui donne puissance au lien, à l’aide du droit et des autres qualités personnelles que l’on veut bien mettre à contribution.
Bien plus qu’une intention : une attention qui irrigue chaque geste, chaque attitude.
Et j’ai l’impression qu’une fois cela éprouvé en médiation, même le contentieux se vit autrement.
Après, tout ça, ça reste des mots.
Il faut retourner au travail.
Hier, le RPVA m’a apporté une ordonnance « 2 en 1 » de renvoi en médiation.
Un dossier inextricable : on y a exploré tout le code de procédure civile, et un bon pan du droit des obligations.
Voyons maintenant ce que les médiés en feront.
