Face à la canicule, un dilemme quasi-anthropologique : peut-on plaider sans robe ?
Tout de même… notre chère robe noire !
Songeons à notre farouche refus de tout signe distinctif, à notre désapprobation rentrée face à des manches qui remontent, des boutons défaits ou des cols qui s’étalent comme une écharpe.
Au-delà de la revendication d’uniformité, quelle est la symbolique à l’œuvre ?
Lorsqu’on porte la parole d’autrui, la robe est essentielle, constitutive même.
C’est elle qui nous donne place sur la scène judiciaire, où chacun joue son rôle, au moyen de qualifications juridiques, de raisonnements et de preuves qui mettent le réel en coupe réglée.
Avec elle, on est en première ligne, elle est ce rempart qui protège celui qui est derrière : le client et ses intérêts.
C’est aussi la garantie que chacun a les mêmes droits dans le procès, ce qui manifeste notre légitimité à prendre la parole en lieu et place d’autrui.
En amiable, rien de tel : nous entrons dans l’arène avec le client, mais la robe reste au vestiaire.
Sauf en ARA, où on l’exige trop souvent.
Mais pourquoi ? Ce decorum a-t-il du sens, lorsque ce n’est plus notre parole qui est attendue, mais celle des parties elles-mêmes ?
Selon mon expérience, cela fait peser sur les parties le poids du procès et de ses acteurs en robe, traçant insidieusement le chemin vers un accord – lequel est alors un peu moins libre.
(Le débat est ouvert !).
Constatons que pour l’avocat, ce qui est le plus difficile à quitter, ce n’est pas le vêtement, c’est la position.
Il faut accepter de ne plus porter la parole de notre client, mais de la soutenir.
Accepter, en quelque sorte, de lâcher prise sur la construction de la vérité judiciaire.
Sans elle, on est immergé dans la réalité de notre client.
Notre position cesse d’être celle d’un rempart, pour devenir celle d’un roc – ce qui reste tellement important, pour qui connaît la tension dans laquelle les médiés sont susceptibles d’évoluer, à chaque instant.
Alors, l’avocat ne s’avance plus pour encaisser à la place du client.
Il demeure en retrait, mais suffisamment présent pour que, lorsque cela est nécessaire, ce dernier puisse rester debout.
Dans la médiation, les médiés tiennent ensemble la balance de la justice qu’ils construisent à leur hauteur ; mais pour chacun, la partialité de son avocat est un secours.
Quand la robe n’est plus là pour le rappeler, rester aux côtés de son client, fort ou faible, en apparence comme en réalité, c’est aussi notre honneur.

L’avocat face à la médiation – 6. L’heure des armes
Un indivisaire, sûr de son fait, met en péril l’intérêt commun.Vu l’urgence, j’agis en désignation d’un administrateur provisoire de l’indivision. En réplique, mon adversaire propose…