Je vous parle d’un temps que beaucoup de confrères ne peuvent pas connaître.
Le Palais grouillait de vie.
Des salles d’audience à la salle des pas-perdus, des toques, à la bibliothèque ou au Pub Danois (l’ex-14ème Chambre).
Les avocats se croisaient sans cesse, travaillaient ensemble autant qu’ils s’affrontaient.
Et avec ça, la « foi du Palais ».
Une confiance qui tenait moins aux textes qu’à la fréquentation des mêmes lieux, des mêmes visages.
Les Gens de Justice de Daumier étaient une caricature, mais elle partait de ce fond de convivialité, de saine connivence.
Le ciment ? Le sentiment de participer à une même œuvre de Justice.
Ce Palais-là n’est plus.
Environ 4 500 avocats à Lyon, où l’on ne se connaît plus.
A quoi s’ajoutent les lois de la rentabilité, la pression du chiffre, le fonctionnement en silo.
Le RPVA a fini le travail, comme les dépôts de dossier : on peut mener une procédure entière sans jamais croiser le confrère.
Reste ce jeu de rôle figé qu’est le procès, organisé par le seul Code de procédure civile, avec ses positions : demandeur, défendeur.
On ne se rencontre pas, on se qualifie.
On peut s’y regarder en chiens de faïence : au bout du bout, on aura fait le job.
Au 21ème siècle, le procès s’est dévitalisé.
Pourtant, quelque chose change chez ses acteurs.
Le même magistrat, distant par fonction en audience, voire raide, s’éclaire lorsqu’il est question d’amiable, et devient alors empathique avec les parties comme avec les avocats.
Idem pour l’expert, qui n’est plus le même, selon qu’il s’agit de construire une vérité technique pour le juge, ou de chercher ce qui manque à l’accord des parties.
L’avocat l’éprouve lui-même dans cette salle de médiation.
Il faut s’asseoir face à ce confrère qu’on ne connaît pas, dont souvent on n’a lu que les conclusions, peu amènes.
La tentation est parfois de se laisser aller aux réflexes du prétoire.
Puis, à un moment qu’on ne voit jamais venir, on cesse de défendre une position pour servir une cause commune, travailler ensemble, de concert.
On recrée la confiance.
L’enjeu : l’accordement des parties, la recherche commune d’une forme de justice à hauteur d’homme.
Et même lorsque la médiation n’a rien donné, que rien n’a été réglé pour nos clients et que l’on remet la robe, le confrère d’en face n’est plus tout à fait un inconnu.
Il devient naturel de se parler.
Et l’on reste dispos pour ce moment où, sait-on jamais, pourra se réouvrir le temps du dialogue.
Ainsi se recompose, dossier après dossier, un lien d’un autre genre, qui ne tient plus à un lieu ni à une habitude.
Le retour de ce lien est chaque fois une découverte.

L’avocat face à la médiation – 4. Reprendre la main
Je sors du Palais, mon client à mes côtés, tout chamboulé par l’audience.Je lui avais dit que mon confrère ne serait pas tendre avec lui,