« Votre situation est urgente, mais rassurez-vous, il y a le référé.
D’ici 6 à 9 mois, peut-être 12, nous aurons un titre exécutoire. »
« Mais… ma société sera morte ! »
Nous en sommes là.
Sauf exception rarissime, même les procédures d’urgence ne permettent plus une réponse dans un délai raisonnable, c’est-à-dire un temps adapté.
Car oui, les dossiers ont leur timing, lié à des exigences particulières, des besoins spécifiques de nos clients.
Comme une fatalité, nous ne parvenons pas à faire coïncider ce timing avec les possibilités offertes par le système judiciaire.
Et plus la société exige l’immédiateté, plus les délais judiciaires s’allongent.
Quand la décision tombe, c’est à contretemps : de l’eau a coulé sous les ponts, alors que les parties se sont adaptées à une absence de réponse judiciaire.
Alors, bien souvent, cette décision n’a plus de sens, en tout cas plus celui qui était attendu, et parfois, même, ce temps est destructeur.
Le décalage de réponse que moi, avocat, je devrais pouvoir apporter à mon client, c’est une défaillance du lien.
Devons-nous subir cela ?
Le problème est plus profond.
Le temps judiciaire est un temps technique, irréductible : il faut instruire le dossier, réunir les preuves, rédiger des actes, respecter le contradictoire, puis laisser au juge le temps de décider.
Même sans engorgement, tout cela existerait.
Le client doit-il le subir ?
Ce temps de la procédure, pour lui, c’est un temps de vie.
Pendant qu’une procédure s’écoule, sa difficulté continue d’occuper une place, comme une résistance sourde à sa liberté d’avancer.
Alors, parfois, il renonce, passe en pertes et profits : il se réapproprie sa vie.
Et l’on ne peut alors que s’incliner devant ce choix de raison.
Mais cela n’aurait pas dû se passer ainsi.
La médiation peut permettre une réappropriation du temps.
Bien sûr, en médiation, il n’y a pas immédiateté, même pas de réel calendrier.
Certes, il faut concilier les agendas de tous les intervenants, mais on s’adapte, ensemble.
Finalement, la seule vraie question est celle que les médiateurs connaissent bien : « on se revoit quand ? »
L’indice d’un rythme, qui n’appartient qu’aux médiés : celui de la prise de conscience, de la relativisation, de la digestion, du rétablissement du lien, de la recherche de solutions.
Suivre un dossier en médiation, c’est suivre son cœur battant.
Un temps spécifiquement humain.
Pas celui, technique, après lequel je cours.
Le poète l’a dit : « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ».
Notre condition humaine !
Pourquoi en rajouter ?

L’avocat face à la médiation – 2. A l’assaut du réel
Attention, pépite ! Il était là, sous mes yeux, depuis 1975 – l’année de mes 3 ans L’article 6 du Code de procédure civile :
