« 𝙀𝙣𝙘𝙤𝙧𝙚 𝙪𝙣𝙚 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙤𝙞𝙧𝙚 𝙘𝙤𝙢𝙢𝙚 𝙘𝙚𝙡𝙡𝙚-𝙡𝙖̀, 𝙚𝙩 𝙟𝙚 𝙨𝙪𝙞𝙨 𝙥𝙚𝙧𝙙𝙪. »
La phrase est attribuée à Pyrrhus après une bataille remportée contre les Romains.
Il avait gagné. Fort bien.
Pourtant, ses pertes étaient telles qu’il comprit ce jour-là que certaines victoires ressemblent déjà à des défaites.
Une « victoire à la Pyrrhus » : parfois, après un jugement favorable, c’est ce goût de cendre que je garde en moi.
Certes, le droit pour lequel je me suis battu l’a emporté – une juste cause, du moins m’en étais-je convaincu.
La pièce est tombée du bon côté, le juge a désigné un vainqueur.
Mais à contretemps, dans un délai qui excède le raisonnable – pas le raisonnable des statistiques judiciaires, celui du client.
Car depuis l’entrée en procédure, il a mis entre parenthèses un secteur de sa vie, plus ou moins vaste.
Et le procès a tout consumé.
En argent – l’article 700 ? A ce stade, il n’y a que la symbolique à laquelle se raccrocher.
En attention, en capacité à se projeter au-delà d’une échéance procédurale, en énergie – ça, rien ne le compensera.
Malgré tout, le client est content.
Je ne lui avais rien dissimulé, il était conscient que ce serait long et douloureux, même s’il ne savait pas à quel point – et moi non plus : qui pouvait l’imaginer ?
Il m’a regardé me battre, il en a eu pour son argent.
Et s’il a gagné son pari, il voit par-dessus tout qu’il a évité les affres supplémentaires d’une défaite.
Soulagé plus que content, en réalité.
Et l’avocat se demande.
A quoi bon ?
Alors, on refait le match, étape par étape.
Et on rembobine tout au début, il y a si longtemps.
A l’origine, à ce moment où la décision a été prise d’engager le procès.
Et si on avait essayé la médiation ?
Question sans réponse, bien sûr : on ne saura jamais.
Et l’on se rassure, en se disant qu’après tout, certaines affaires doivent être jugées.
Que pour celle-ci, c’était écrit, peut-être.
Tout de même, que de dégâts !
La prochaine fois, on tentera de faire autrement.
On tentera.
𝑃𝑒𝑡𝑒𝑟 𝑃𝑎𝑢𝑙 𝑅𝑢𝑏𝑒𝑛𝑠, 𝐿𝑎 𝑣𝑖𝑐𝑡𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑎 𝑚𝑜𝑟𝑡 𝑑𝑒 𝐷𝑒𝑐𝑖𝑢𝑠 𝑀𝑢𝑠


