Après le rapport du Conseil National de la Médiation – 3. L’avocat en médiation : un impensé ?

21/04/2026

Après le rapport du Conseil National de la Médiation – 3. L’avocat en médiation : un impensé ?

Les 75 recommandations du Conseil National de la Médiation sont un travail sérieux, dense, utile.
Exhaustif ?

Il y a comme une absence : l’avocat.

Non pas que celui-ci soit ignoré.
C’est juste que son rôle n’est pas pensé.

L’avocat figure parmi les acteurs à mobiliser, à former, à intégrer – à l’instar de l’agent général d’assurance ou du courtier.
Mais rien ne vient dire ce qu’il apporte de spécifique.
Une présence, sans fonction propre.

Les flux du judiciaire vers l’amiable s’accélèrent.
Des confrères voient partir des dossiers vers des processus où leur place n’est pas construite.
Le débat corporatiste s’enclenche.

Compréhensible.
Mais ce n’est pas le bon débat.

La question n’est pas de savoir si l’avocat est indispensable comme gestionnaire de conflits.
Sur ce terrain, la médiation fait parfois mieux, plus vite, à moindre coût.

La vraie question est ailleurs : la place du tiers de confiance.

La médiation présuppose quelque chose qu’elle ne produit pas elle-même.
Pour qu’un justiciable consente à entrer dans cet espace incertain, à lâcher quelque chose, il lui faut quelqu’un qui le connaît, qui connaît son dossier, et qui l’accompagne – non dans le processus, mais dans ce qu’il vit.

Ce quelqu’un, ce n’est pas le médiateur, neutre par définition.
C’est l’avocat ; à condition d’accepter ce rôle, de le revendiquer.

Celui qui dit, avant d’entrer : « j’ai compris ce que vous voulez vraiment, et je serai là. »
Celui sans qui, parfois, la médiation ne s’ouvre pas.

Si le CNM ne pense pas cette fonction, c’est parce que nous-mêmes, avocats, ne l’avons pas encore formulée.
Nous la pratiquons parfois, intuitivement. Jamais comme position professionnelle assumée.

D’où une double interpellation.

Au CNM : vous avez structuré un écosystème, proposé des normes.
Mais sans penser ce que l’avocat apporte d’irréductible.

Aux confrères : n’affirmez pas une place dans le processus.
Affirmez une fonction dans la relation.
Non pas le défenseur qui veille, mais celui qui rend possible.

Ce rôle, personne ne nous le donnera.
Il est à construire, à partir de ce que nous sommes déjà.

Notre serment parle de conscience et d’humanité.
Leur pratique nous rend légitimes en médiation.

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