Après le rapport du Conseil National de la Médiation – 2. La neutralité, une évidence ?

19/04/2026

Après le rapport du Conseil National de la Médiation – 2. La neutralité, une évidence ?

Le rapport du Conseil National de la Médiation promeut une charte de déontologie qui fixe les obligations inhérentes à la qualité de médiateur.
Parmi celles-ci, la neutralité, posée aux côtés de l’impartialité et de l’indépendance – avec cette réserve qu’à la différence de ces deux qualités, elle n’intègre pas la définition même du médiateur.

Arrêtons-nous un instant sur le terme.

En visant ainsi la neutralité, le rapport apporte de la lisibilité, rassure, donne aux justiciables comme aux prescripteurs un vocabulaire commun.
Ce faisant, il contribue à la crédibilité de la médiation.

Il vient aussi, au moins en apparence, refermer une discussion qui, sur le terrain, est loin d’être éteinte.

Car si certains médiateurs mettent en doute la notion de neutralité, ils ne contestent pas l’exigence d’équilibre ou de loyauté.
Ils interrogent plus profondément la possibilité même d’être neutre dans un processus qui consiste précisément à intervenir dans un conflit, en organiser le déroulement, en accompagner les mouvements.

Le médiateur n’est pas extérieur au processus qu’il conduit ; il en est un acteur, nécessairement impliqué.

A l’instar de certaines approches thérapeutiques, on pourrait imaginer que sa seule présence suffise à produire un effet.
Mais les personnes en médiation sont en recherche d’écoute active ; elles ont besoin de sentir qu’il est là, présent dans le conflit, et pas seulement à côté.
L’amiable suppose l’engagement de toutes les parties prenantes ; pourquoi le médiateur ferait-il exception ?

La neutralité ne doit pas être conçue comme une abstention, sauf à vider la médiation de sa substance.
Elle renvoie à une autre acception : non pas l’absence d’influence, mais la maîtrise de la manière dont elle s’exerce.

Ici, la distinction avec l’impartialité prend tout son sens :
▪️l’impartialité protège les médiés, en garantissant qu’aucun d’eux ne sera privilégié ;
▪️la neutralité vise le rapport du médiateur au contenu même du différend – au risque de sa subjectivité, de ses biais.

Reste une question : la neutralité est-elle une qualité que le médiateur possède d’emblée, ou une exigence vers laquelle il tend, sans jamais pouvoir s’y installer tout à fait ?

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