Pourquoi, déambulant dans les rues sages de Charlieu, dans la Loire, suis-je entré dans cette boutique de tableaux anciens ?
Pourquoi me suis-je arrêté devant cette lithographie d’Yves Brayer, où l’on reconnaît Baptiste, le mime des Enfants du paradis ?
Et pourquoi ai-je décidé qu’elle accueillerait désormais les visiteurs de mon cabinet ?
Je ne sais pas.
On ne sait jamais très bien pourquoi l’âme se met en mouvement.
Les explications arrivent après.
Alors, si l’on me demande ce qu’elle évoque, quelques mots me viennent.
Baptiste est à l’écart du tumulte.
Pour autant, il n’est pas en paix : il a ses tourments, ses désirs, ses contradictions.
Mais quelque chose, ici, laisse la possibilité de faire une pause.
Et me revient cette phrase du susnommé, parlant de ce public du paradis, tout en haut du théâtre : « Leur vie est toute petite, mais ils ont de grands rêves ».
Il y a de cela dans le cabinet d’un avocat.
Du moins dans la manière dont j’ai envie d’exercer mon métier.
On y arrive avec un conflit qui prend parfois toute la place.
Des proches qui conseillent de ne rien céder.
De la colère, de la peur, de la lassitude, de l’ego blessé.
Et une demande : faire un procès, obtenir réparation, en finir.
Il faut accueillir tout cela, puis prendre le temps de se demander ce que l’on va en faire.
C’est l’avant.
Avant le choix du contentieux, de l’amiable ou de l’évitement.
Avant que la situation devienne un dossier, puis une procédure.
Cet avant que laisse entrevoir un article trop négligé du Code de procédure civile, son article 1er : l’initiative de l’instance appartient, en principe, aux parties.
Entrer en procès est un choix.
C’est le temps du colloque singulier, confidentiel, dans lequel une personne confie quelque chose de sa vie à une autre, qui accepte la responsabilité de la conseiller.
Que cherchez-vous vraiment ?
Que vous coûte ce conflit ?
Que voulez-vous préserver ?
Qu’attendez-vous d’un procès si vous le perdez, mais aussi si vous le gagnez ?
Bien sûr, le droit est un élément déterminant de cette réflexion.
Il permet d’apprécier les prétentions, les preuves, les chances et les risques.
Mais il ne suffit pas à décider de ce que l’on veut engager de sa vie.
Il faut aussi considérer ce que l’on peut supporter, ce que l’on espère encore, ce à quoi l’on est prêt à renoncer.
L’intelligence artificielle peut aider l’avocat à travailler.
Il lui appartient de garder sa conscience en éveil – c’est son serment.
La responsabilité de cette rencontre demeure la sienne.
Cette exigence se prolonge dans l’accompagnement en médiation : aider à réfléchir, à apprécier les propositions, à choisir en connaissance de cause, en laissant à l’autre sa voix et sa décision.
Celui qui franchit la porte apporte davantage que son différend.
Il apporte une vie dont nous savons encore peu de chose.
Baptiste l’accueillera désormais, en silence.
À l’écart du tumulte.

Après le rapport du Conseil National de la Médiation – Epilogue : le CNM nouveau
Dans la série que j’avais consacrée au rapport du CONSEIL NATIONAL DE LA MEDIATION, j’avais parfois été circonspect quant à certaines de ses 75 recommandations.Il

