S’en souvient-on seulement ?
Le 22 décembre 2021, sous l’égide d’Eric Dupont-Moretti, était promulguée la loi dite « pour la confiance dans l’institution judiciaire ».
La formule est fascinante.
Comme si la confiance pouvait être produite par la loi qui la nomme.
Un slogan législatif pour une loi peu ambitieuse ; non seulement vain, mais finalement contreproductif.
Car cinq ans plus tard, alors que l’affaire Lyhanna ravive les blessures de toutes les autres, c’est peu dire que l’on mesure les limites de l’exercice.
Ce n’est pas une affaire de moyens – même si les moyens manquent, d’évidence.
Pas davantage une affaire d’organisation – même si l’organisation a défailli.
C’est une affaire de nature.
La confiance appartient à ces choses que le droit ne peut pas produire directement.
On peut décréter une compétence, imposer une procédure, créer une institution.
Mais on ne décrète pas la confiance.
Elle est toujours la conséquence de quelque chose : une expérience, un comportement, une cohérence dans le temps.
Les philosophes du langage ont un mot pour cela : les limites du performatif.
Dire ne suffit pas toujours à faire.
Encore moins lorsqu’il est question de justice, ce sentiment si profondément ancré dans le cœur de tout être humain.
Sur ce point, nul ne se fait d’illusion : il n’est pas venu, le jour où l’institution judiciaire fonctionnera aussi bien que l’administration fiscale.
Et chacun sait qu’à lui seul, ce progrès ne suffirait pas.
Alors le regard se tourne ailleurs.
Vers celles et ceux qui incarnent, au quotidien, quelque chose de la justice.
Le juge, bien sûr, mais aussi l’avocat, le médiateur, l’expert, et tous ceux qui participent à l’œuvre de justice.
Tous devront faire leur part, ils ont cette responsabilité.
La question n’est plus seulement : quelle est votre fonction ?
Elle devient : pourquoi devrais-je vous faire confiance ?
C’est l’idée qui me semble ressortir du rapport du CONSEIL NATIONAL DE LA MEDIATION, lorsqu’il se penche sur la déontologie, la formation ou la supervision.
Inévitablement, ses propositions inspireront massivement les textes à venir.
Il ne s’agit pas de réglementer pour réglementer.
Mais de construire les conditions dans lesquelles la confiance peut, éventuellement, émerger.
Nous sommes entrés dans une ère où l’autorité ne précède plus la confiance.
C’est la confiance qui fonde l’autorité.
« Il n’y a pas d’amour. Il n’y a que des preuves d’amour », dit le poète.
La confiance obéit sans doute à la même loi.
Lorsqu’une société cesse de faire confiance à ceux qui rendent la justice, ce ne sont plus seulement les procédures qui chancèlent.
C’est notre conception de la démocratie qui est atteinte.


