Qu’attendre de la Justice ?

12/06/2026

Qu’attendre de la Justice ?

L’affaire Lyhanna a provoqué quelque chose de profond.
Pas seulement de la colère, mais l’achèvement d’une désillusion au regard de la Justice : le sentiment que le ressort est cassé, que tout est à reprendre.

Ce désarroi, comment ne pas le comprendre, humainement ?

Cela conduit à une autre question, moins évidente, mais ô combien essentielle.
Supposons que la Justice réponde présent, qu’elle fonctionne.
Même alors, que pouvons-nous attendre d’elle ?

En matière pénale, nous n’attendons pas seulement une sanction.
Nous voudrions une réparation, une reconnaissance, parfois même une consolation.
La justice ne peut répondre à ces attentes que très imparfaitement, et ce n’est qu’à l’occasion qu’elle parvient à apaiser.
Non parce qu’elle fonctionne mal, mais parce qu’elle ne peut pas faire autrement.

Cette limite n’est pas propre à la justice pénale.
Ce que j’observe en matière civile n’est pas très différent, juste moins visible.

Derrière chaque litige, il y a une histoire humaine, des blessures, des émotions.
Mais le juge ne statue pas sur des émotions, il les traduit : la souffrance devient un préjudice, la confiance trahie devient une faute.
Et le vécu devient un ensemble de faits susceptibles de qualification pour préparer l’application de la règle.

C’est la condition du jugement.
Sans cette transformation, il n’y aurait que des récits qui s’affrontent, et face auxquels le juge, au moment de trancher, serait désemparé.

Cette transformation laisse nécessairement une part du vécu hors du champ de la décision.
Il y a alors un vainqueur et un vaincu, mais ce n’est pas toujours satisfaisant.
Il en va ainsi encore davantage lorsque la procédure s’est étirée à outrance, et a fait apparaître d’autres dysfonctionnements.
Là, l’abîme se révèle entre ce que le procès produit et ce que les gens cherchaient.
L’insatisfaction laisse place au doute et à l’abattement, voire à la colère.

Mais au fond, qu’elle soit ou non défaillante, la question demeure la même : qu’attendons-nous réellement de la Justice ?

À ce stade, il faut être lucide.
Comprendre les limites de la Justice, ce n’est pas l’affaiblir.
C’est une condition pour continuer à lui faire confiance.
Cette foi-là doit être recentrée, rationalisée.

C’est aussi ce qui explique la place croissante, inéluctable, de la médiation.
Non parce qu’elle produirait un meilleur droit, mais parce qu’elle offre un espace où l’émotion n’a pas besoin d’être traduite pour être entendue.
Où la parole a encore sa forme originale.

On peut essayer d’y construire, comme acteurs, une justice à hauteur d’homme.
Les attentes peuvent y être déçues, bien sûr.
Mais c’est à portée.

 

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