Parce que la paix est préférable à la guerre, que le bien triomphera du mal ?
Fadaises.
Si l’être humain fonctionnait ainsi, ça se saurait.
Dans les cercles « autorisés », on explique volontiers que la médiation progresse parce qu’une culture de l’amiable serait en train de s’installer.
Et que, par suite, l’avocat en serait le porte-étendard.
Ce discours nous dit ainsi que nous aurions le choix, que nous porterions une responsabilité particulière face à l’avenir, qu’il s’agirait d’une orientation nécessaire,
en foi de quoi nous devrions faire preuve non de résignation, mais d’engagement.
Comment ne pas accepter fièrement cette nouvelle mission ? Ne pas être honoré de l’insigne confiance qui nous est faite ?
Mais soyons lucides
Face à nos pratiques bien ancrées, acquises par l’expérience, sûres, tout cela ressemble à un discours flatteur… au sens du corbeau de la fable.
Cela ne suffira pas : la robe noire, c’est nous !
Et pourtant, l’amiable va l’emporter.
Si nous allons suivre le mouvement, ce n’est ni par adhésion idéologique, ni par conversion tardive à la paix civile.
Encore moins parce que nous serions sensibles à des discours généreux et valorisants.
La réalité est plus simple, plus basique.
C’est parce que nous sommes les vigies des attentes de nos clients.
Parce que nous devons leur trouver des solutions, et que, si l’on accepte de regarder les choses en face, le procès n’en est plus le lieu – l’a-t-il déjà été, d’ailleurs ?
Par professionnalisme, donc.
Un professionnalisme qui rejoint un des axiomes les plus élémentaires de la condition humaine : 𝗻𝗲́𝗰𝗲𝘀𝘀𝗶𝘁𝗲́ 𝗳𝗮𝗶𝘁 𝗹𝗼𝗶.
Dans ce contexte, si nous ne voyons pas toujours la médiation comme un idéal – à l’usage, il arrivera parfois qu’on y trouve de la joie -, au moins devons-nous la regarder comme un espace praticable.
Et puis, au fond, peut-être y a-t-il autre chose.
Comme si la prétention des humain.e.s à rendre la justice relevait d’une certaine vanité – 𝘝𝘢𝘯𝘪𝘵𝘢𝘴 𝘷𝘢𝘯𝘪𝘵𝘢𝘵𝘶𝘮 𝘦𝘵 𝘰𝘮𝘯𝘪𝘢 𝘷𝘢𝘯𝘪𝘵𝘢𝘴.
À force de vouloir dire le droit pour tous, partout, en toute chose – reliquat de la tentation napoléonienne d’un droit total, avec l’autorité et la raison en moins -, le système s’est épuisé à tenir une promesse qu’il ne peut plus satisfaire.
Alors, faisons ce pour quoi nous sommes faits : être là pour ceux qui nous donnent leur confiance pour les aider dans l’adversité.
Cessons d’imaginer que toute réponse doit passer par le prétoire, et faisons ce qui reste possible : cultiver notre jardin, ensemble.
La médiation ne dit ni le droit, ni le juste universel.
Elle permet simplement de répondre à un besoin ; celui de ceux que nous défendons, ici et maintenant.

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

