Lorsqu’un dossier est renvoyé en médiation, l’avocat redoute d’entendre cette phrase – presque un impensé.
Il ne devrait pas.
Car si elle est prononcée, c’est qu’un autre horizon s’ouvre devant son client, préférable à une procédure longue et coûteuse.
En médiation judiciaire, la conduite de l’affaire n’appartient plus à l’avocat.
Il accompagne jusqu’au seuil et, même présent dans la salle, doit demeurer en retrait.
Commence alors une séquence singulière : le client rencontre l’autre et, ensemble, ils cherchent une solution qui leur conviendra.
Cette rencontre appartient aux parties, avec l’aide du médiateur qui tient le cadre, de même que ce moment imprévisible où quelque chose bouge dans la relation qui sous-tend le conflit.
Au mieux, l’avocat reste le confident de son médié, parfois un facilitateur. Mais c’est alors autre chose, un peu au-delà de ses missions traditionnelles nommées – et en vérité, l’enjeu est bien de conquérir cette place.
Il est vrai que la médiation judiciaire ne surgit pas dans le vide.
L’avocat n’y est pas pour rien : position juridique solide, dossier instruit avec rigueur, stratégie contentieuse crédible.
Il a posé les fondations de la rencontre.
Mais ce qui se passe ensuite lui échappe substantiellement.
Cette mise en retrait n’est cependant que provisoire.
Si la médiation échoue, l’avocat retrouve sa place primitive au procès – sauf si l’un des deux a renoncé, ce qui arrive : preuve que la médiation aura transformé la dynamique conflictuelle et fait comprendre que le procès n’est peut-être pas le lieu de la solution recherchée.
Et si elle réussit, l’avocat sécurise, rédige, structure l’accord, lui donne portée juridique et force exécutoire.
Là encore, sa compétence est décisive, mais il passe du rôle de défenseur à celui de conseil – distinction traditionnelle dont la déjudiciarisation du divorce a déjà montré les limites.
Ce changement de rôle a nécessairement un coût.
L’avocat ne peut plus s’attribuer seul le mérite de la solution trouvée entre les médiés.
Il ne pourra pas davantage justifier systématiquement un honoraire indexé sur le résultat ; en tout cas pas de la même manière.
Les dossiers se résoudront plus vite que par la voie judiciaire, loin des méandres procéduraux, en faisant parfois disparaître l’avocat du premier plan.
Symboliquement, cela n’est pas neutre.
Économiquement non plus – il faut accepter de revoir son modèle.
Mais c’est une question de cohérence avec le serment de l’avocat, et singulièrement avec la dignité, qui lui impose de ne pas confondre centralité et utilité.
Cela touche aussi à son ego, qu’il doit reconsidérer.
Sommes-nous tous prêts à cela ?

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

