C’est sans doute la phrase que nous entendons le plus souvent lorsqu’est en question l’orientation d’un dossier judiciaire vers la médiation.
Avant, le travail sur le droit a été fait, la stratégie contentieuse mise au point, les chances de succès expliquées.
Et il faudrait changer le fusil d’épaule ?
« Il y a un temps pour tout », dit l’Ecclésiaste (3, 1).
Maintenant, le temps de l’explication par l’avocat.
Et après elle, assez vite, lorsqu’il est parvenu à convaincre – il n’y arrive pas toujours –, le temps de la reformulation par le client, parfois résumée en un simple « Ok » :
« 𝘑’𝘢𝘪 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘳𝘪𝘴… 𝘭𝘢 𝘥𝘶𝘳𝘦́𝘦, 𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘶̂𝘵𝘴, 𝘭’𝘦́𝘯𝘦𝘳𝘨𝘪𝘦. 𝘌𝘵 𝘱𝘶𝘪𝘴 𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦 𝘤𝘩𝘰𝘴𝘦 : 𝘢𝘶 𝘧𝘪𝘯𝘢𝘭, 𝘤𝘦 𝘯’𝘦𝘴𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘮𝘰𝘪 𝘲𝘶𝘪 𝘥𝘦́𝘤𝘪𝘥𝘦𝘳𝘢𝘪.
𝘑’𝘢𝘪 𝘤𝘰𝘯𝘧𝘪𝘢𝘯𝘤𝘦 𝘦𝘯 𝘷𝘰𝘶𝘴, 𝘦𝘵 𝘫’𝘢𝘤𝘤𝘦𝘱𝘵𝘦 𝘥𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘴𝘶𝘪𝘷𝘳𝘦. »
À ce moment, une porte s’ouvre – c’est la première bascule.
Il a compris qu’un dossier peut être solide sur le papier et devenir fragile lorsqu’il entre dans le prétoire.
Qu’à partir du moment où un tiers décide à sa place, tout devient possible, et pas forcément le meilleur… y compris, même, l’incompréhensible, une solution qui ne résoudra rien (si, si, en justice, c’est possible).
La médiation ne lui est alors pas présentée comme un renoncement, mais comme une condition de poursuite.
Cela suppose de la confiance, à plusieurs niveaux : celle qui est déjà là, et celle qu’il faudra construire.
D’abord, donc, la confiance dans son avocat.
Lui ne promet pas l’issue : depuis la nuit des temps, il assume totalement qu’il n’est investi d’aucune obligation de résultat – il a cette lucidité, et plus il gagne en expérience, plus il en tire de l’humilité.
Ce qui n’empêche pas cette drôle de relation de naître et de demeurer.
L’avocat est celui qui est là, présent, quels que soient les vents, bons ou mauvais.
Pour autant, il ne s’agit pas d’un pas de deux.
Le justiciable va rencontrer le médiateur, et celui-ci va poser un cadre, fait de mots rassurants : confidentialité, impartialité, neutralité, équité dans l’écoute, engagement des parties, etc.
Mais pour celui qui vient d’admettre qu’il ne s’agit plus de faire triompher son droit, cela suffit-il ?
La confiance dans son avocat l’aide à se diriger vers cet endroit-là, inattendu.
Elle va contribuer à l’autre confiance envers ce tiers qu’il ne connait pas, qu’il n’a pas choisi – c’est le point de départ singulier de la médiation judiciaire.
Qu’y trouvera-t-il ensuite ? Il ne le sait pas.
Et celui qui lui fait face, qui était son adversaire jusqu’à ce moment, ne le sait pas davantage.
« Un temps pour la guerre, et un temps pour la paix » (3, 8).
Que la médiation commence !

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

