« Le droit seul peut présenter l’art de régler, dans la vie sociale de l’homme, l’équilibre des valeurs ».

05/12/2025

« Le droit seul peut présenter l’art de régler, dans la vie sociale de l’homme, l’équilibre des valeurs ».

Comme tous les 5 décembre depuis plus de deux décennies, je vais ouvrir pieusement ma thèse de doctorat, dont c’est l’anniversaire.
Et invariablement, j’en relirai la dernière note de bas de page, cette phrase de René Savatier.

Telle est la grande idée du droit qui m’a façonné, depuis la gestation de cette thèse dirigée par Thierry Revet, soutenue devant Pierre Catala, Pierre-Yves Gauthier, Rémy Libchaber, Frédéric Zenati-Castaing.

Un essai doctoral dont, par-delà une figure méconnue du droit des biens, l’objet d’étude est le conflit de deux valeurs peu conciliables : le travail et la propriété.
Avec l’ambition de comprendre comment peuvent s’agencer deux légitimités que tout oppose, chacune vouée à dominer l’autre.

Devenu avocat, j’ai surtout cherché, dans les petites et moins petites affaires, à faire triompher les intérêts légitimes de mes clients – davantage « ceux qui ne sont rien » que les « premiers de cordée », selon la classification officielle.
Le prétoire fut, et demeure souvent, mon terrain de jeu : l’âpreté de sa procédure, les faits que l’on inscrit dans des catégories pour solliciter la règle et faire advenir la décision du juge.
Une lutte pour le droit, avec la conviction quasi-militante de contribuer ainsi à la paix sociale.

Puis les déceptions sont venues.
Des juges, dont je ne comprenais pas certaines décisions, avant de saisir qu’ils souffrent de la même infirmité : traiter strictement le litige, ponctuel, sans pouvoir se préoccuper du conflit qui mine les relations humaines ; alors que, « en même temps », on leur demande désormais d’orienter vers l’amiable – gare à la schizophrénie.
De l’institution judiciaire dans son ensemble, qui n’est plus en mesure d’assurer cette pacification autour de valeurs communes.

Une expérience personnelle, décisive, m’a alors conduit vers la médiation.
J’y ai découvert que, pour ceux qui m’accordent leur confiance, l’important n’est pas tant leurs intérêts que leurs besoins et les valeurs sous-jacentes.

En médiation, on ne manipule pas le droit, on construit un équilibre.
Et finalement, d’un lieu de « non-droit », sourd un accord valant loi particulière, construisant une forme « d’ordre privé ».
On retrouve peu ou prou, dans un autre cadre, la même tâche : faire tenir ensemble des légitimités antagoniques, mais cette fois-ci sans sacrifier l’une à l’autre.

Aujourd’hui, je mesure que, par-delà ses mutations, l’avocat que je suis n’a guère quitté son sujet.
Je n’ai fait que le déplacer : du champ abstrait du droit civil vers l’espace concret, vivant, des relations humaines.

Et puis, je relirai aussi cette citation de Lavoisier, filigrane de ma thèse et, somme toute, fil conducteur de mon parcours :
« 𝘙𝘪𝘦𝘯 𝘯𝘦 𝘴𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘥, 𝘳𝘪𝘦𝘯 𝘯𝘦 𝘴𝘦 𝘤𝘳𝘦́𝘦, 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘴𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘯𝘴𝘧𝘰𝘳𝘮𝘦 ».

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