On parle parfois d’avocats « puissants ».
L’expression renvoie à la maîtrise des règles, du temps, du récit, de la procédure, de la parole, de la psychologie – et à la capacité, parfois, de porter tout cela devant l’opinion, par le relais des médias.
Il y a, bien sûr, une part de vérité.
Mais cette puissance-là est fragile.
Dans cette acception, l’avocat n’est puissant qu’à travers ce qu’il défend : une cause, un client, un moment. Il suffit alors de peu pour que tout vacille. Un changement de contexte, parfois l’ingratitude d’un client célèbre, mise en scène dans une littérature de gare.
Lorsque la puissance fraye avec le pouvoir, elle s’abîme.
Et révèle ce qu’elle était : dépendante.
L’avocat a pourtant une puissance propre, mais ailleurs.
Elle ne se loge pas dans le prétoire.
Là, l’avocat déploie une force de conviction – rien de plus. Au terme du procès, ce sera toujours un autre qui dira le droit. Et il arrive, plus souvent qu’on ne veut l’admettre, que ce droit, même dit exactement, ne répare rien, ou laisse perdurer des situations humainement insoutenables.
Pris dans un système judiciaire saturé, l’avocat se retrouve à la ramasse : chargé d’en amortir la violence, sans jamais en déterminer le rythme ni le sens – ou si peu, et il ne le saura qu’après.
C’est donc autre chose.
Il arrive, dans une pratique qui a duré, un moment où l’on cesse de se vivre comme celui par qui la justice adviendra.
La sagesse.
Une lucidité qui n’est ni faiblesse ni résignation.
Plutôt un refus de l’hubris – non pas celle, tapageuse, du pouvoir, mais celle, appliquée plus que consciencieuse, du professionnel convaincu qu’il doit aller jusqu’au bout du droit, « quoi qu’il en coûte ».
Alors la posture change.
On n’abandonne ni le combat, ni l’exigence, ni le droit, mais on cesse de confondre puissance et aveuglement.
Dans la boîte à outils de l’avocat, il y a l’amiable et ses techniques, avec sa forme la plus structurée, la médiation.
Sa pratique aide à saisir que la justice n’est pas toujours un résultat à produire, mais parfois un espace à rendre possible. Où il s’agit de créer un cadre plutôt qu’un affrontement, de permettre une parole plutôt que d’imposer un récit, de tenir la conflictualité sans la pousser jusqu’à la rupture.
Cette posture est autrement exigeante. Être en soutien du cadre est une forme de puissance, non plus contre, mais avec ; et non plus pour gagner, mais pour que quelque chose arrive, et tienne.
Ainsi, la sagesse de l’avocat n’est pas d’oublier son savoir, mais de savoir quoi faire de ce qu’il sait.
Et d’accepter que, parfois, servir la justice consiste d’abord à empêcher qu’elle ne broie ceux qu’il pourrait y emmener.
Mais, aussi vrai que l’on ne sait quand elle se révélera à l’avocat – tôt, tard, parfois jamais –, elle se travaille, n’est jamais acquise, n’exclut jamais qu’il faille parfois résister à une furieuse envie de « faire justice ».
Un chemin.

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

