Longtemps, je suis resté rétif à la médiation.
Non par hostilité à l’amiable, mais par attachement au droit, et à une idée traditionnelle de la Justice.
Lorsque, confronté aux limites bien connues du procès, je me suis tourné vers l’amiable, ce fut d’abord par pragmatisme, puis par conviction.
J’y ai vu une autre manière de servir ceux qui m’accordaient leur confiance.
L’arrivée du décret du 18 juillet 2025, avec son injonction nouvelle à l’amiable, m’a profondément heurté.
Car telle que je la concevais, la médiation reposait tout entière sur la liberté, alors qu’ici, elle semblait désormais commencer par une contrainte.
D’où cette question, décisive : sommes-nous encore dans la médiation, lorsque celle-ci ne procède plus d’un acte de liberté ?
La contrainte est là, incontestablement : rencontre obligatoire avec un médiateur, menace de sanction, accès au juge parfois conditionné.
Pour autant, faut-il en déduire que la médiation judiciaire ne serait plus vraiment de la médiation ?
À la réflexion, la distinction essentielle n’est peut-être pas entre médiation libre ou contrainte, mais entre entrée et déroulement.
Car si on peut y entrer sans liberté, on ne peut y demeurer sans adhésion.
« Le médiateur dans l’arène », de Thomas Fiutak, éclaire utilement la réflexion.
Il n’ignore ni la colère, ni la peur, ni la coercition. Pour lui, certains entrent dans l’arène de leur plein gré, d’autres sous la contrainte.
Mais tous acceptent que quelque chose puisse changer entre l’entrée et la sortie.
Autrement dit, la médiation ne se définit pas par la pureté de son point de départ, mais par l’acceptation d’un possible déplacement relationnel, même minime.
Loin de toute abstraction, cette adhésion se manifeste dans l’acceptation d’un rituel : un cadre, des règles, une manière de se parler et de s’écouter.
Alors, le médiateur n’est pas reconnu pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il fait : tenir un espace où les relations peuvent se transformer.
La médiation judiciaire commence souvent avant que cette adhésion n’existe.
Le médiateur arrive dans une arène saturée par le droit, la stratégie, la peur de perdre, la soif de gagner ; il n’est pas attendu, parfois seulement toléré.
Son travail n’est pas de nier la contrainte, mais de créer les conditions pour qu’elle cesse d’être centrale.
Tandis que l’avocat, seule figure reconnue au départ par le justiciable, doit prendre sa place de « passeur de seuil », devenir un accompagnateur du processus, prenant sa part en tant que facilitateur.
La médiation judiciaire, c’est bien de la médiation.
Une forme plus fragile que la médiation conventionnelle, parce qu’elle commence plus près de la contrainte.
Ce qui en fait une forme plus exigeante, aussi, qui met à l’épreuve les fondamentaux de la médiation.
En cela, elle est profondément révélatrice de ce qu’est cette dernière lorsqu’on la prend au sérieux.

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

