En médiation, personne n’entre à visage découvert.
Le conflit a laissé des traces, avec le sentiment d’avoir été lésé, incompris, parfois dominé, voire humilié.
Ainsi, on arrive d’abord avec le masque de ses affects, souvent de la souffrance.
Ce masque est celui que l’on porte en se tenant debout, pour faire face.
Mais sans nécessairement réaliser qu’il enferme, aussi.
En médiation judiciaire, un autre masque est déjà là, conséquence de ce que le conflit est vu à travers le prisme du droit.
Car le médié arrive aussi en tant que personne juridique, titulaire de droits et obligations.
Qui plus est, il a été conforté dans ce statut par l’analyse juridique qui a nécessairement précédé l’entrée dans le processus juridictionnel.
Il parle donc d’une position spécifique, nommée, normée : créancier ou débiteur, vendeur ou acquéreur, époux ou épouse ; et toujours, au regard du procès, demandeur ou défendeur.
L’étymologie le rappelle : « persona », le masque de l’acteur, ce qui définit son rôle sur la scène.
La personnalité juridique remplit exactement cette fonction ; elle n’est ni mensonge ni dissimulation, ni faux-semblant ou quoi que ce soit de cet ordre, mais condition d’entrée dans un espace régi par le droit.
Le procès, lieu où se joue le droit, organise l’usage de ce masque-là.
Par nature, il ne connaît pas le visage singulier de l’individu, seulement la personne juridique.
En médiation judiciaire, ces deux masques se superposent, celui des affects et celui de la personne juridique, et c’est ce qui rend l’exercice si complexe et délicat.
Car la médiation n’est pas un espace dénué de toute idée du droit, ni une scène parallèle au procès.
Elle est un lieu particulier où, peu à peu, les masques vont perdre, non pas leur utilité, mais leur pertinence, peut-être même leur raison d’être.
Ce n’est pas qu’ils soient illégitimes, juste que l’espace permet autre chose.
Là, la parole cesse d’être une arme, et au fur et à mesure, on va cesser de se retrancher derrière les affects ou le statut.
Le masque de la personne juridique, aussi bien que celui des affects, vont se desserrer.
Parfois, ils tomberont, ensemble, ou l’un après l’autre, de manière plus ou moins perceptible.
Ce sera le moment de bascule.
Celui où l’humain peut se révéler derrière les positions, se reconnaître, et reconnaître l’autre ; non plus comme adversaire, mais dans son altérité.
Alors, il n’y a ni abandon du droit, ni déni de la souffrance, mais possibilité d’un dialogue qui ne cherche plus à convaincre ou à vaincre, mais à comprendre et à construire.
Le juste, parfois, se trouve là, dans cet espace retrouvé, où la parole redevient échange, où le conflit cesse d’être un duel pour devenir une question partagée.

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

