Chose vécue.
« 𝘑’𝘢𝘪 𝘵𝘳𝘰𝘱 𝘱𝘦𝘶𝘳 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘦́𝘢𝘤𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦 𝘱𝘢𝘱𝘢 𝘲𝘶𝘢𝘯𝘥 𝘪𝘭 𝘷𝘢 𝘥𝘦́𝘤𝘰𝘶𝘷𝘳𝘪𝘳 𝘲𝘶𝘦 𝘫𝘦 𝘷𝘦𝘶𝘹 𝘱𝘢𝘳𝘭𝘦𝘳 𝘢̀ 𝘶𝘯 𝘢𝘷𝘰𝘤𝘢𝘵. »
Ces mots, écrits à sa mère par une adolescente qui renonce à être entendue dans le cadre d’une demande de modification de résidence, disent la peur, l’emprise, l’entrave à la parole.
Le JAF en a connaissance.
Tout en notant que cela « est interpellant » (sic), il rejette la demande de la mère…
Et, comme pour se donner bonne conscience alors qu’il avait épuisé sa saisine, il renvoie les parents en médiation – alors qu’une précédente médiation avait échoué.
Étrange synchronicité entre cette décision et, le même jour, le décret du 18 juillet 2025 – de là, peut-être inconsciemment, mon travail de décryptage du nouveau texte sur ce réseau.
L’amiable est désormais un principe directeur du procès civil : le juge doit coopérer avec les parties pour choisir le mode de résolution le plus adapté, et il est incité à renvoyer en médiation ou en conciliation.
Contrairement aux éléments de langage des thuriféraires du décret, l’objectif est bien de désengorger des juridictions saturées.
Ce n’est pas honteux : c’est même une question de santé démocratique que de soulager des juges débordés, lorsque c’est possible.
Mais encore faut-il que, dans la situation donnée, cela ait du sens.
Dans notre affaire, le JAF avait connaissance de la circulaire de politique civile du 27 juin 2025 (https://lnkd.in/eziu8fjE).
Ce texte important alerte sur les violences invisibles dans la famille, et notamment sur le contrôle coercitif, et appelle à la vigilance.
Et au-delà même du domaine de la famille, les exemples sont légion où, en présence d’un déséquilibre fort, un renvoi en médiation – voué à une nouvelle expression de la domination de l’autre, et donc de manière hautement probable à l’échec – sera perçu comme un déni de justice, dévastateur.
𝗣𝗿𝗼𝗺𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗹’𝗮𝗺𝗶𝗮𝗯𝗹𝗲, 𝗼𝘂𝗶. 𝗘𝗻 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝘂𝗻 𝗾𝘂𝗮𝘀𝗶-𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗮𝘁𝗶𝘀𝗺𝗲 𝗲𝘁 𝗹’𝗶𝗺𝗽𝗼𝘀𝗲𝗿 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗱𝗶𝘀𝗰𝗲𝗿𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, 𝗻𝗼𝗻.
Cela suppose que les magistrats soient formés à repérer ces signaux, à mesurer l’impact de l’emprise, et à savoir dire : ici, le procès est la seule voie possible, c’est là que l’on m’attend.
En ces temps de tensions démocratiques, le juge doit en avoir d’autant plus conscience : 𝗾𝘂’𝗶𝗹 𝗷𝘂𝗴𝗲 𝗼𝘂 𝗿𝗲𝗻𝘃𝗼𝗶𝗲 𝗲𝗻 𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻, 𝗶𝗹 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲 « 𝗮𝘂 𝗻𝗼𝗺 𝗱𝘂 𝗽𝗲𝘂𝗽𝗹𝗲 𝗳𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗮𝗶𝘀 ».

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

