Qu’est-ce que le « bon avocat » ?
Sur ce réseau, on lit parfois qu’il est celui qui sait porter un récit suffisamment convaincant pour emporter l’adhésion du juge.
En d’autres termes, celui qui saura le mieux intégrer les intérêts de son client à l’établissement de la vérité judiciaire.
Vérité qui nous façonne depuis des temps immémoriaux, avec l’adage 𝘳𝘦𝘴 𝘫𝘶𝘥𝘪𝘤𝘢𝘵𝘢 𝘱𝘳𝘰 𝘷𝘦𝘳𝘪𝘵𝘢𝘵𝘦 𝘩𝘢𝘣𝘦𝘵𝘶𝘳 (ce qui est jugé est 𝙩𝙚𝙣𝙪 𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙫𝙧𝙖𝙞).
On y est : cette vérité judiciaire est une fiction, ce qu’on sait depuis longtemps.
Fiction utile par sa vertu régulatrice, au service de la loi.
Problème : le système judiciaire est en miettes, et ils sont de moins en moins nombreux ceux qui croient sérieusement à la vérité du prétoire, qui l’espèrent et la recherchent.
La fiction de la vérité judiciaire ne suffit plus : trop de lenteur, trop de distance, trop de complexité procédurale, ont miné la confiance dans ce « vrai » proclamé, tandis que la loi elle-même a perdu en autorité.
Ce n’est pas tant la justice qui s’effondre que la croyance en sa capacité à dire le réel.
Et si l’on y va encore, c’est sans état d’âme ni conviction profonde, avec force et vigueur mais au prix d’un calcul de probabilité – et 𝘪𝘯 𝘧𝘪𝘯𝘦, en faisant le pari que la pièce tombera du bon côté.
Alors d’autres voies sont explorées, loin du juge, au premier rang desquelles 𝗹𝗮 𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻.
Mais parce que nous sommes façonnés par la culture du récit, nous autres avocats gardons parfois la tentation de convaincre, de démontrer, de donner forme à la vérité de nos clients pour qu’elle devienne audible.
𝗖’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗺𝗲𝗶𝗹𝗹𝗲𝘂𝗿 𝗺𝗼𝘆𝗲𝗻 𝗱’𝗲́𝗰𝗵𝗼𝘂𝗲𝗿.
Car les parties savent ce qui s’est passé, et comment elles en sont arrivées là.
Elles n’attendent plus qu’on leur raconte leur histoire, mais qu’on les aide à s’en dégager.
Il n’est plus question de chercher qui a raison, mais de retrouver un équilibre.
Alors la posture change.
L’avocat ne porte plus la vérité de l’un contre l’autre.
Dans le secret du dialogue avec son client, puis par son attitude constructive et créatrice de lien, il accompagne la recherche d’un terrain commun.
Il ne demande plus à être cru, mais écoute pour que les autres puissent se comprendre.
Il s’agit moins d’édifier une vérité aléatoire – une forme de mur – que de faire vivre une réalité partagée.
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🕊️ 𝘼𝙫𝙤𝙘𝙖𝙩 𝙘𝙞𝙫𝙞𝙡𝙞𝙨𝙩𝙚 𝙫𝙚𝙣𝙪 𝙙𝙪 𝙘𝙤𝙣𝙩𝙚𝙣𝙩𝙞𝙚𝙪𝙭 𝙚𝙩 𝙛𝙤𝙧𝙢𝙚́ 𝙖̀ 𝙡𝙖 𝙢𝙚́𝙙𝙞𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣, 𝙡’𝙖𝙢𝙞𝙖𝙗𝙡𝙚 𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙢𝙤𝙞 𝙪𝙣 𝙨𝙪𝙟𝙚𝙩, 𝙦𝙪𝙞 𝙫𝙖 𝙗𝙞𝙚𝙣 𝙖𝙪-𝙙𝙚𝙡𝙖̀ 𝙙’𝙪𝙣𝙚 𝙩𝙚𝙘𝙝𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚 𝙤𝙪 𝙙’𝙪𝙣 𝙙𝙚́𝙘𝙧𝙚𝙩. 𝙐𝙣 𝙚𝙣𝙟𝙚𝙪 𝙙𝙚 𝙘𝙞𝙩𝙤𝙮𝙚𝙣𝙣𝙚𝙩𝙚́.

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

