Pourquoi l’avocat aurait-il besoin de la médiation ?

12/12/2025

Pourquoi l’avocat aurait-il besoin de la médiation ?


C’est la question qui s’est imposée hier, après une intervention devant les étudiants de l’IEJ de l’Université de Bretagne occidentale, à l’invitation du professeur Maud LAGELEE HEYMANN, dans le cadre d’un cycle consacré à l’amiable et au décret du 18 juillet 2025.

Pendant longtemps, j’ai pensé que la médiation appartenait à un autre univers que celui de l’avocat.
La possibilité d’un dialogue digne de ce nom fait partie de notre ADN : confidentialité, respect mutuel, déontologie partagée, volonté sincère d’éviter un contentieux.
Et il faut le dire : bien des différends se règlent ainsi, discrètement, proprement, sans intervention d’un tiers ; et souvent, même, hors la présence des clients. Pour cela, qui est le lot quotidien des avocats, pas de médailles, ni de statistiques.

Mais il existe ces affaires où tout est en place, et où rien ne se passe.
Les positions sont claires, les enjeux maîtrisés, les clients informés de leurs droits et chances de succès… et pourtant, on voit bien qu’on n’en sortira pas.
Le contentieux semble alors la seule issue possible.
À un horizon cependant de plus en plus lointain, au point que ” l’aléa judiciaire”, autrefois principal inconvénient, en devient presque secondaire.
Issue insatisfaisante, donc, qui ne saurait être qu’un dernier recours, mais auquel il faudra se résoudre.

Entre les deux s’ouvre une zone où la médiation peut avoir sa place.
Le décret la renforce – certes, l’amiable ne se décrète pas, mais l’outil, lui, se trouve consolidé.
Et plus le système judiciaire s’essouffle, plus cette zone s’étend.

La médiation ne se substitue pas aux avocats, et ne prétend pas “faire mieux”.
Elle offre simplement une chance supplémentaire lorsque la discussion achoppe, lorsque la machine du dialogue tourne à vide.

Parfois – il faut l’avoir vécu -, un accord que l’on croyait hors de portée redevient envisageable.
Parce qu’on a trouvé la possibilité d’un accordement autrement plus satisfaisant que la recherche d’un compromis fait de concessions réciproques, et où l’avocat joue naturellement son rôle – à condition, toutefois, de ne pas se tromper d’exercice.
Parfois même, la seule intention suffit : avant la session plénière ou même la première rencontre, quelque chose se débloque. Peut-être simplement parce que les parties ont été mises devant leurs responsabilités.
Et parfois – trop souvent -, cela ne produit rien ; c’est un risque, qui doit être assumé comme tel.
Mais si on ne tente pas, on ne saura jamais… ce qui en fait un risque raisonnable.
Dans ces conditions, aller vers le juge sans avoir exploré cette possibilité revient à priver les parties d’une chance de sortir de la logique mortifère du procès.

Pour l’avocat, il ne s’agit pas d’autre chose – ce n’est pas rien.
Pour le justiciable, qui est notre seule raison d’être, c’est beaucoup. Peut-être même au-delà de ce qu’il espérait.

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