Pour l’avocat, avoir contribué à l’œuvre de justice, à l’application du droit, procure parfois une satisfaction toute en retenue, celle du devoir accompli – 𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘯’𝘦𝘹𝘤𝘭𝘶𝘵 𝘱𝘢𝘴, 𝘢̀ 𝘭’𝘰𝘤𝘤𝘢𝘴𝘪𝘰𝘯, 𝘥𝘦 𝘥𝘦́𝘣𝘰𝘶𝘤𝘩𝘦𝘳 𝘭𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘮𝘱𝘢𝘨𝘯𝘦, 𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯 𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦 𝘴𝘶𝘫𝘦𝘵.
Une satisfaction qui structure une pratique et peut, à elle seule, donner sens à un engagement professionnel tout entier.
Il arrive, plus rarement, qu’autre chose vienne colorer ce sentiment : l’émotion non feinte d’un client, un remerciement sincère et vrai.
Ces moments, lorsqu’ils surviennent, laissent presque démuni, parce que l’on sent bien que l’on est allé plus loin que ce que dictait la mission.
Que l’on a touché quelque chose qui excède l’ordre du droit – et même du langage.
Cela arrive.
Ceux qui savent, savent.
La médiation judiciaire peut y conduire.
Souvent, elle intervient alors qu’un procès est déjà engagé, qu’une lutte pour le droit a commencé – parfois nécessairement, parce qu’il fallait cadrer, nommer, résister, et qu’à ce stade aucune autre voie n’était possible.
La médiation n’apparaît alors ni comme une alternative, ni comme un renoncement.
Plutôt une bifurcation rendue possible par le procès lui-même.
Qu’elle soit envisagée ab initio, ordonnée par le juge, ou simplement rendue pensable parce que la procédure a permis de faire émerger ce qui, jusque-là, restait confus.
On partait d’un litige plus ou moins balisé, et l’on prend conscience du conflit, dans toutes ses dimensions, y compris celles qui échappent a priori.
À l’issue du processus, il y a bien sûr de l’apaisement, voire du contentement. Mais ces mots peuvent ne pas suffire à nommer le ressenti.
Ce qui apparaît alors est d’une autre nature : avoir participé non plus seulement à l’application d’une règle, mais à l’accordement des êtres, procure une vibration plus profonde – comme cette voix lointaine, et calme, et grave rêvée par le poète.
On n’a pas appliqué le droit, mais on ne l’a pas trahi, parce que le sujet n’était plus là, ou plus seulement là.
En lien avec le médiateur, l’avocat a tenu une position de juste mise à distance.
Et grâce à cela, son client a pu s’entendre avec l’autre médié, les parties ont pu établir entre elles le point de justice qu’elles recherchaient.
La justice appartient aux parties, donc.
Tandis qu’à l’avocat et au médiateur, revient une sensation de justesse.
Cette sensation provoque une émotion dont on ne sait trop si elle est simple ou complexe, une expérience personnelle et singulière qui touche à la vérité.
La joie.
PS : retrouver la joie, se réenchanter, n’est-ce pas une jolie ambition pour l’année à venir ?

Allons-nous réussir cette médiation ?
Question lancinante.D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même

