Poser les armes

17/02/2026

Nous sommes submergés par la violence.
Pour certains, c’est même une esthétique.
Elle déborde des écrans, envahit les débats, disqualifie l’argument au profit du cri, entraîne parfois la mort.

Dans mon métier, je la côtoie aussi : dans les salles d’audience, dans ces regards qui se font face et ne se rencontrent plus.

Nous vivons une époque où l’on ne discute plus, où la nuance devient suspecte, l’écoute un aveu de faiblesse.

Le procès n’est pas étranger à cette logique.
Il a ses rituels guerriers, son vocabulaire de campagne, ses victoires et ses défaites.
On forme les avocats pour combattre, on les valorise pour cela, tandis que les clients viennent chercher un champion.

J’ai longtemps été ce combattant ; et, si nécessaire, je reste disponible à l’être.
Mais j’ai fini par voir ce que je ne voulais pas voir.

Que ceux qui gagnent ne sont pas toujours ceux qui s’en sortent.
Que la procédure elle-même peut devenir une machine à durcir les positions.
Que chaque acte appelle une riposte, et chaque riposte une escalade – « la vague appelle la vague quand mugit la tempête », dit le psaume (42, 7).
Et que le droit, instrument de régulation, peut devenir langage de guerre.

Parce qu’elle est légale, ordonnée, encadrée, la violence institutionnelle est moins visible que celle des rues.
Mais elle n’en est pas moins réelle pour ceux qui la traversent.

Certes, il existe des combats nécessaires, des abus auxquels il faut faire pièce, des droits qu’il faut protéger.

Mais lorsque le conflit porte encore en lui la possibilité d’un autre chemin, je crois qu’il faut savoir poser les armes.
Accepter de refuser l’escalade.
Rétablir la parole là où le rapport de force menace d’absorber toute chose.

La médiation n’est ni un retrait ni une fuite, encore moins une facilité.
Au contraire, c’est se tenir droit dans le conflit, s’y confronter sans faire de l’autre un ennemi.
C’est tenter de sauver le débat, là où il est encore possible.

Un choix de lucidité.
De vie.

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