Question lancinante.
D’autant plus lorsque tout semble mal parti : un conflit ancien, des positions durcies, une méfiance qui se lit sur les visages avant même que la séance commence.
Et pourtant.
Aujourd’hui ils sont là, les deux, face à face.
Ils ont dit oui à l’entrée en médiation.
Même si c’est parfois à contrecœur, ou sur l’invitation du juge, peu importe : ce oui, même fragile, même contraint, est déjà un acte.
Quelque chose s’est entrouvert, et l’on ne peut s’empêcher d’y voir un signe encourageant, une raison d’être optimiste – non sans lucidité.
Dans les formations, on nous enseigne que nous ne pouvons avoir de projet pour nos médiés.
De fait, le médiateur n’oriente pas ; il ne sait pas, avant eux ou mieux qu’eux, ce qui leur conviendra.
Mais si j’ai choisi d’être médiateur, ce n’est pas pour m’occuper, mais pour être utile.
Si j’entre dans la salle, c’est armé de la conviction que quelque chose peut advenir.
Je n’ai pas de projet pour eux.
Mais j’ai un projet pour la médiation elle-même.
C’est ce qui me permet d’être là quand les médiés doutent, de maintenir vivante la possibilité quand plus rien ne l’annonce.
Et cela n’a rien d’une espérance passive.
Mettre des personnes en conflit autour d’une table est un travail.
Un travail patient, exigeant, parfois ingrat : maintenir le cadre, écouter, reformuler, ralentir le rythme quand il accélère, garder vivant le lien quand il menace de s’effacer.
Jean Monnet disait qu’il n’était ni optimiste ni pessimiste, mais déterminé.
La médiation relève sans doute de cette même détermination.
J’ai trop plaidé pour croire aux dénouements faciles.
Je sais ce que coûte un conflit qui s’installe, ce que pèse une position qu’on ne lâche plus.
Et j’avoue croire de moins en moins que la justice du prétoire puisse, à elle seule, résoudre les conflits.
Mais je crois de plus en plus que les personnes en conflit portent en elles les ressources pour trouver leur propre chemin.
La médiation ouvre un champ des possibles.
Y compris, et peut-être surtout, en médiation judiciaire, où le oui est parfois le plus hésitant, le plus arraché.
Il n’en est pas moins réel.
Ce champ-là a une ambition.
Pas seulement mettre fin au litige, mais construire ce qu’aucun jugement n’aurait produit : une solution que les parties ont façonnée elles-mêmes, à leur mesure, sur ce qui compte vraiment pour elles.
Une solution, donc, la leur.
Après-tout, le cœur du métier de médiateur ne serait-il pas là : croire avant eux à un possible, et tenir cette conviction, avec détermination, assez longtemps pour qu’ils commencent eux-mêmes à l’entrevoir ?

Sous l’enseigne, l’agent
Dans la pratique, les clients connaissent une enseigne.
Mais au regard du droit, ce qui compte est tout autre chose :
la personne morale titulaire du mandat.
Élémentaire ?

